Yossi Taieb, député Shass, porte-voix francophone à la Knesset
Par Karine Dana, 30 août, 2020
La crise politique israélienne avec ses trois élections successives, suivi de celle de la situation sanitaire grave provoquée par l’épidémie du Corona qui a anéanti l’économie israélienne et dramatiquement plongé des centaines de milliers de citoyens israéliens dans une détresse économique et sociale sans précédent, nous font oublier que la crise sociale globale qui a frappé cette dernière décennie est celle des divisions intercommunautaires.
Rupture de dialogue, accumulation d’incompréhensions mutuelles, discordes, oppositions rigides au niveau politique qui impactent directement les citoyens et renforce les intolérances, le rejet et l’animosité entre les israéliens.
Dans un esprit d’analyse et dans l’espoir qu’en mettant au clair les visions, aspirations et combats de chacun nous pourrons améliorer le dialogue entre les différentes communautés en Israël, dans l’espoir également que les acteurs politiques mais plus particulièrement les citoyens israéliens prendront conscience de la nécessité des collaborations, des compromis mutuels, et surtout de l’acceptation de l’autre dans sa différence, l’équipe de Hashiva s’entretient avec des députés de la Knesset pour ouvrir et améliorer la qualité des débats.
Après l’entretien que nous avons eu le mois dernier avec la députée Michal Cotler-Wunsh du parti Kahol Lavan, cette semaine, nous nous sommes entretenus avec le député francophone Yossi Taieb du parti Shass.
Le parcours personnel du député Yossi Taieb est celui d’un français orthodoxe sioniste. Son fort attachement à Israël le pousse à faire son Alya et son service militaire, puis il étudie en Yeshiva pour ensuite poursuivre un cursus dans l’école rabbinique du Rav Mordechai Eliaou où il obtient son diplôme de Rav.
Il dirige une communauté au sein d’une école de Toulouse, pendant 2 ans et demi, dans le cadre d’un projet de l’agence juive qui se nommait Haïl de 2006 à 2009.
Puis prend des fonctions en Israël au sein du département Francophone de la fondation Wolfson pendant 10 ans. Il est à l’origine de plusieurs projets, centres de soutien scolaire, ateliers parentaux et écoles religieuses.
Sa fonction d’adjoint au maire de Kiryat Yearim (près de Jérusalem) correspond à la période de sa rencontre avec le leader du parti Shass, Aryeh Deri, qui lui propose de représenter le public francophone au sein de son parti.
La rencontre avec Aryeh Deri va donc entrainer Yossi Taieb vers la politique, ce qui n’était pas dans ses projets, mais très vite le désir et le sentiment qu’il pourra ainsi aider la communauté francophone en Israël et en France le motive.
Yossi Taieb y voit l’opportunité d’agir pour changer les choses à long terme pour les francophones. Il enfile le rôle d’un représentant francophone. Il est le premier député francophone né en France.
Malgré son parcours modéré en tant qu’orthodoxe servant pour l’armée, mais également en créant des écoles religieuses et en soutenant des projets d’écoles religieuses qui dispensent à leurs étudiants un enseignement comprenant des disciplines « hol » (séculiers) il soutient cependant le libre choix, et n’accepte pas l’idée d’uniformiser l’enseignement orthodoxe en imposant un minimum d’enseignement en maths et en anglais comme ce fut proposé et débattu au niveau politique, suscitant de vives réactions d’oppositions des partis orthodoxes.
Il soutient que le changement est déjà visible au sein des communautés elles-mêmes et que les contraintes extérieures alimentent les oppositions, résistances et provoquent un effet inverse. Il considère que les programmes de rattrapages et de remise à niveau pour les élèves qui souhaitent passer leur baccalauréat et faire des études supérieures au terme de leur scolarité sont une alternative suffisante.
Le député Yossi Taieb nous confirme que la tendance générale au sein des communautés orthodoxes chez les jeunes générations est marquée par une augmentation significative de volontaires au service militaire. D’ailleurs, les Yeshivot qui incluent dans leur cursus la période de service militaire se multiplient. Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique très intéressante de la part de plusieurs rabbins orthodoxes et ont beaucoup de succès auprès des jeunes.
La position du parti Shass est claire à ce sujet, les orthodoxes doivent pouvoir garder le choix de ne pas accomplir le service national et rester à la Yeshiva sans servir leur pays de quelque manière que ce soit. Cette vision est celle de tous les partis orthodoxes et de la majorité des représentants communautaires orthodoxes. L’idée de mettre tous les citoyens israéliens sur un pied d’égalité sur ce point suscite de fortes réactions d’oppositions.
La multiplication d’écoles plus ouvertes vers les réalités socio-économiques, qui incluent les matières fondamentales dans leurs enseignements, facilitent l’accès aux études supérieures profanes. Le député Yossi Taieb témoigne de cette dynamique dont il est partie prenante, ayant lui-même créé des structures scolaires de ce type. Les jeunes de ces établissements auront ainsi la possibilité d’accéder à une vie professionnelle, donc un statut économique convenable et une meilleure inclusion dans la vie sociale de leur pays.
Cependant le député Yossi Taieb n’y voit en aucun cas une raison de l’imposer à tous, pour lui. cela doit rester le choix des parents. Il insiste fortement sur son souhait de conserver les acquis des orthodoxes sur ces points, et revendique ce droit en raison de la spécificité juive de l’État d’Israël. Le fait qu’Israël est un état juif devrait selon le député Shass être une raison suffisante pour préserver ces largesses et accepter, au nom de l’importance de l’étude de la Torah, que ceux qui veulent s’y consacrer aient un statut privilégié.
Le député Yossi Taieb, dans sa démarche envers le public francophone souligne l’apport extrêmement bénéfique que peut et pourrait apporter le judaïsme francophone en Israël. Cependant, il soutient avec autant de force que ce changement doit se faire en maintenant un statu quo au niveau des acquis religieux dans l’organisation de la société comme le Shabbat dans le domaine public (transports publics, la fermeture des commerces etc.. ).
« La société Israélienne a été créée à partir de nombreuses vagues d’immigration qui ont apporté chacune des valeurs qu’il est important de respecter et de connaître. Les Olim de France sont pour la plupart des juifs traditionalistes et très sionistes, certains d’entre eux ont payé de leur vie pour défendre l’État d’Israël et cette population a beaucoup à apporter à la société Israélienne tant sur le plan économique, social que dans le monde associatif. À l’aube du nouvel an hébraïque, le député souhaite une bonne année à toute la communauté francophone en Israël et souhaite contribuer au sein de la Knesset, à mettre les difficultés que rencontrent les membres de cette belle communauté à l’ordre du jour afin que l’intégration des Olim de France se fasse dans les meilleures conditions possibles. »
Espérons que le député Yossi Taieb contribuera à améliorer la condition des francophones ainsi qu’à ouvrir leur champ d’influence sur la société israélienne.
L’équipe Hashiva souhaite ouvrir le débat sur les solutions que nous pourrions apporter pour concrètement calmer les tensions, harmoniser et rassembler la société israélienne disloquée.
L’ouverture sociale est la clé qui permettrait la rencontre entre les orthodoxes et israéliens d’autres communautés pour améliorer la cohésion.
Il est probable que les différents camps devront accepter l’idée de faire des compromis.
Comment unir les communautés si elles ne se rencontrent jamais, ni à l’école, ni dans la vie professionnelle, si elles restent étrangères les unes aux autres. Cet état de fait entretient le manque de communication.
Si les blocages et les violentes oppositions ne sont pas bonnes pour la cohésion sociale au sein de la société, éviter les frictions et laisser ces sujets en suspens en maintenant une situation qui pose problème et alimente les désaccords entre les israéliens n’est certainement pas non plus la solution.
Si la société israélienne et ses représentants politiques se retrouvent dans une situation où il est impossible de changer les règles en fonction de l’évolution de la société, la dynamique sociale n’en sera-t-elle pas paralysée ?



