Petit rappel de quelques points dans l’accord de coalition
L’accord de coalition entre Kacholavan et le Likud prévoit une rotation, Gantz devenant premier ministre un an et demi après la formation du gouvernement, soit en novembre 2021.
L’accord prévoit de voter budget pour 1 an et demi, jusqu’à la rotation
En cas d’élection anticipée, Benny Gantz devient automatiquement premier ministre jusqu’à ces élections, sauf s’il n’y a pas de budget au moment de la chute du gouvernement. Le Likud a fortement insisté sur cette clause.
L’accord inclut également la nomination des juges et chefs de la police par une commission professionnelle, avec influence minimale de l’échelon politique.
Rappelons aussi que la loi israélienne prévoit que si un gouvernement ne se met pas d’accord sur un budget 90 jours après sa formation, des élections sont automatiquement déclenchées. Pour le gouvernement actuel, ces 90 jours se terminent le 25 aout.
La dernière crise : semaine dernière
Lors de cette première crise, Netanyahu a insisté sur le vote d’un premier budget, jusqu’à la fin d’année (4 mois), puis d’un budget pour 2021.
Il s’agit évidemment d’un coup de canif dans les accords. Ceci permet d’augmenter les périodes sans budget, et donc les opportunités de déclencher des élections tout en gardant le pouvoir. Lors du balagan de cette première crise, nous avons bien cru que nous allions vers de quatrièmes élections, finalement évitées de justesse, par une proposition de loi par Derech Eretz, de repousser la date limite jusqu’au 3 décembre. Ce projet de loi, comme toute loi à la Knesset, doit être lu (= approuvé) 3 fois. Le projet a déjà passé sa première lecture. Il nécessite 61 voix à la Knesset.
La crise actuelle
Ce mercredi, Miki Zohar, Likud, a conditionné le support du Likud aux deuxièmes et troisièmes lectures à 4 demandes supplémentaires. Ces demandes sont principalement des allocations de fonds supplémentaires (ILS 400 mios) pour les Yeshivot, et divers programmes nationalistes religieux.
Mais en marge de ces demandes, il y en a d’autres. Dont on parle moins. En particulier, Netanyahu exige aussi de changer deux autres clauses dans les accords de coalition :
Que des élections soient immédiatement organisées si la Cour suprême le disqualifie pour le poste de premier Ministre, après la rotation.
La suppression de la commission professionnelle pour la nomination des juges et des chefs de la police (C’est ce qu’a confirmé Izhar Shai, ministre des sciences, à la radio). Cette commission est le dernier rempart empêchant Netanyahu d’exercer son influence sur le système judiciaire. .
Cette dernière demande en particulier, sonnerait le glas d’une autre des défenses d’Israel contre un glissement vers l’autocratie. Dans son livre « Comment perdre un pays : 7 étapes de la démocratie a la dictature», Ece Temelkuran, opposante turque aujourd’hui interdite de séjour dans son pays, définit 7 étapes avant une dictature :
Création d’un mouvement populiste, nationaliste, en opposition aux partis traditionnels
Créer un climat d’insécurité, de peur (le « eux contre nous »)
Eliminer la honte : rendre l’immoralité acceptable, et même à la mode
Prise de contrôle des institutions politiques et judiciaires
Création d’un « citoyen modèle », pénalités pour ceux qui ne s’y conforment pas.
Répression féroce, emprisonnements sans jugement
Construction de structures proprement dictatoriales
Si la commission professionnelle ci-dessus est démantelée, nous aurons franchi un pas de plus vers la quatrième étape ci-dessus.
La question est désormais de savoir quelle résistance Kacholavan pourra opposer à ces demandes.
A bien y penser, il semble que la première crise n’ait été qu’un galop d’essai, un test de la résistance de Kacholavan, qui a permis de juger des chances de succès de cette deuxième crise. D’une certaine manière, Bibi joue « gagnant-gagnant » : soit Gantz cède, et il aura le contrôle du judiciaire dont il a besoin pour annuler/reporter/neutraliser ses procès, soit-il ne cède pas, et nous aurons de nouvelles élections, en pleine crise économique et sanitaire.
Dans ce dernier scenario, il fera l’impossible pour décrire Kacholavan comme responsable des élections. Mais même s’il n’y réussit pas, ce qui est probable, les électeurs de Kacholavan vont légitimement poser la question « tout ça pour ça? », et l’utilité de compromettre plusieurs des promesses pour lesquelles ils ont voté (loi contre la corruption, commission d’enquête sur l’affaire des sous-marins), spécifiquement pour éviter ces quatrièmes élections, sans que cela ne serve à rien. Comme le disait Tryon Edwards, “le compromis est le sacrifice d’un droit pour en conserver un autre, se terminant le plus souvent par la perte des deux“...
Il y a juste un point ou l’analyse de Bibi pourrait se retourner contre lui. En cas d’élections, ce sera la première fois qu’il fera campagne en période de profonde récession, et dans une situation sanitaire inédite. Aux manifestations de Balfour, on croise régulièrement des ex-membres du Likud, bien décidés à provoquer un changement de leadership.
Les indépendants, en particuliers, socle du Likud, ont été fortement ébranlés. des militants du Likud dans le Negev viennent de bruler leurs cartes de membre en public
Il est difficile d’imaginer que ceux qui sont aujourd’hui en faillite soutiennent encore le premier Ministre. De toute évidence, les primaires du Likud seront plus intenses que la fois dernière.
En cas de quatrièmes élections
Leur résultat serait totalement incertain. Mis à part les partis Haredi qui votent toujours comme un seul homme, Il y aurait sans doute un grand nombre d’abstentions vu le Corona – il n’y a pas de possibilité de voter par la poste en Israel. Ceci rendrait le ou les vainqueurs bien moins crédibles. Et une dernière chose : cette campagne serait probablement très violente.



