Il m’a fallu longtemps pour sortir du gouffre émotionnel dans lequel le 7 octobre nous a tous précipités.
Des jours et des jours à voir et entendre des meurtres et des tortures d’un autre âge. Les Nazis ont brulé des Juifs dans des synagogues en Ukraine… Mais il faut remonter bien avant pour trouver des tortures aussi innommables – qui n’ont pas de nom - que celles du Hamas.
Jusqu’aux Comanches, aux temps de la conquête de l’Ouest, qui faisaient rôtir des enfants sur leurs feux, ou brulaient le visage des femmes jusqu’à l’os, tortures souvent orchestrées par les femmes de la tribu. Les blancs en étaient victimes autant que d’autres tribus amérindiennes, cela vous rappelle peut-être quelque chose. Sans doute, le secrétaire des Nations unies de l’époque aurait dit que ces exactions ne se sont pas produites dans le vide… L’armée américaine a fini par ne plus faire de quartier. Pas d’extrême gauche naïve pour exiger un cessez-le-feu à l’époque…
Mais je ne souhaite pas ajouter encore au malheur d’Eretz en écrivant un centième article sur l’abime de détresse dans laquelle nous sommes tous plongés. Tous, car cette nation a la magnifique propriété de n’être qu’une seule et immense famille. Même ceux qui n’ont pas perdu de frère ou de sœur sont dans le deuil. Même ceux, comme moi, qui écris ces lignes depuis mon bateau, en Atlantique, tellement loin d’Israël et pourtant tellement proche. La mer est moins furieuse que les hommes…
Cette guerre m’a déjà changé, parce qu’elle a changé mes convictions. Non la paix n’est pas possible avec les Gazawis. Ils ont été à l’école de la barbarie – je n’écris plus terrorisme –, la seule école qui leur était ouverte pendant 20 ans. Nous avons tous vu leurs enfants pratiquer avec des couteaux de bois les atrocités qu’ils ont commises, il y a un mois. J’ai cru en la bonté naturelle de l’homme, même là-bas. Cette tendance rousseauiste s’est éteinte en moi. Au moins n’en suis-je pas mort, contrairement aux victimes de Beri, qui ont tant fait pour la paix. Quelle que soit l’autorité en charge de Gaza après cette guerre, je souhaite une surveillance constante et permanente, et surtout un contrôle total de l’éducation. Et, peut-être, dans 20 ans pourrons-nous parler avec une autre génération…
J’espère que cette guerre a aussi changé ceux qui ont cru, pendant 20 ans, que le monstre gavé de valises de cash du Qatar resterait contrôlable. Et ceux qui ont voté pour celui et ceux qui ont organisé ce trafic. Ils n’ont pas vu – et moi non plus – que ni les territoires, ni l’argent, ni rien au monde ne peut arrêter ceux qui ne veulent rien tant qu’exterminer des Juifs.
Il sera temps de parler de tout cela après la guerre.
Après la guerre ? Non, après la victoire. Parce que je reste persuadé, en regardant l’histoire, qu’Israël va nous surprendre aujourd’hui comme auparavant.
Rappelons-nous qu’au plus profond de la guerre de Yom Kippour, quand l’existence même d’Israël était en danger, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, vint la merveilleuse nouvelle de la traversée du Canal de Suez par les chars d’Ariel Sharon. Golda Meir lui avait dit qu’il serait premier ministre s’il réussissait.
Rappelons-nous d’Entebbe – 246 passagers à bord – et de cet incroyable raid qui a abasourdi le monde.
Je suis persuadé que certains de nos dirigeants de demain sont aujourd’hui au front, et se battent avec la même bravoure et la même créativité qu’alors. Attendons-nous à de bonnes nouvelles.
En attendant cette victoire, la rue arabe et occidentale se remplit de manifestants à qui les évènements donnent une occasion d’exprimer leur antisémitisme. Ils ne sont pas la majorité. Mélenchon ne sera pas le prochain dirigeant en France, ni Corbyn en Angleterre, ni Ilhan Omar aux USA. Une majorité va comprendre que les leçons de cette guerre nous parlent de Gaza en particulier, mais aussi de l’Islam en général, et ils voteront dans ce sens. Et peut-être, peut-être, sera-ce le début d’une évolution qui fera de cette religion une religion comme les autres, ou la différence ne signifiera plus le recours à la violence automatique, barbare et aveugle.



