Depuis une cinquantaine d’années, existe une technique qui a permis de sauver des dizaines de milliers de vies : la transplantation d’organes provenant de donneurs en état de mort cérébrale.
Le procédé permet de prélever l’organe d’un donneur sous respirateur artificiel, dont le cœur bat encore mais le cerveau étant en état de mort cérébrale les chances de survie sont égales à zéro. Cette technique permet de prélever des organes en bon état et de maximiser les chances de réussites des greffes.
Aux États-Unis, en Europe, et dans de nombreux pays d’Asie, le prélèvement d’organes sur donneurs en mort cérébrale est utilisé depuis près des dizaines d’années et a donné des résultats remarquables.
Le défi a été de convaincre les autorités et les représentants des différentes religions que juste cinq critères de mort cérébrale permettent de déterminer avec certitude que le patient n’a aucune chance de survie, et peut donc être considéré comme décédé. Ce travail de conviction a été effectué il y a quelques dizaines d’années, dans la plupart des pays d’Europe, aux États-Unis ou ailleurs mais est toujours en cours en Israël.
En effet, plusieurs points de la Halacha posent problème. Les principaux sont les suivants :
Le fait qu’un homme n’est considéré comme mort que lorsque son cœur s’arrête de battre
L’interdiction de profaner le cadavre d’un d’une personne décédée et donc de prélever ses organes.
L’obligation d’enterrer une personne décédée le plus rapidement possible
Ces arguments sont invalidés par le Pikuach Nefesh, l’obligation absolue de sauver une vue humaine, mais encore faut-il convaincre, convaincre et encore convaincre, ce qui nécessite de prendre son bâton de pèlerin, de faire de nombreuses présentations dans les classes d’école, dans les universités, à la télévision et aussi d’obtenir l’assentiment des responsables religieux, dans ce cas les rabbins, de soutenir cette conclusion.
Pour illustrer les points ci-dessus, plus de 1,000 Israéliens sont sur une liste d’attente pour recevoir un organe. 100 d’entre eux meurent chaque année.
C’est ce travail que Robby Berman a entrepris en 2001, en créant la Société halachique pour le don d’organes en Israël (HODS, Halachic Organ Donor Society). Au moment où Robby a créé cette association américano-israélienne, seul un petit nombre d’israéliens portaient sur eux une carte de donneur d’organes. Ils sont aujourd’hui presqu’un million (chiffres du national Transplant Centre, israel).
Pendant ces 19 dernières années, Robby a mené un combat infatigable. Après avoir été au fond des questions halachiques, plus de 300 Rabbins ont déjà donné leur accord (https://hods.org/about-hods/orthodox-rabbis/), dont de nombreux Rabbins orthodoxes qui admettent le concept de mort cérébrale. Une minorité d’entre eux, 7.6%, sont toutefois de l’opinion que la mort n’intervient qu’à l’arrêt du cœur. La carte distribuée par HODS permet de spécifier que le porteur est de cette opinion.
Le travail de Robby a déjà sauvé plus de 200 vies humaines.
Avec le développement des greffes, une association européenne, Eurotransplant, s’est constituée, avec pour objectif d’acheminer les organes prélevés en Europe vers les receveurs les plus compatibles en Europe, pour améliorer encore les résultats des greffes. Israel a fait partie de cette association, mais en a été expulsée, non par antisémitisme, mais parce que les Israéliens étaient uniquement importateurs, mais jamais exportateurs d’organes, pour les raisons halachiques évoquées plus haut. Le but de HODS est précisément d’augmenter les donations d’organes des Juifs a la population, juive ou non. Robby fait également campagne dans les villes arabes dans le même but.
Cette cause est une cause dont je me sens particulièrement proche. Tout simplement, parce que le premier chirurgien qui a réalisé une greffe d’organe prélevé sur un patient en mort cérébrale, a une époque où ce prélèvement pouvait être vu comme un meurtre, c’était mon père, le Professeur Guy Alexandre, en 1963. Jusqu’alors, les chirurgiens déterminaient qu’un cas était sans espoir, débranchaient le respirateur, attendaient que le cœur s’arrête, puis prélevaient les organes. Mon père a trouvé ceci une solution plutôt hypocrite, et a suggéré de prélever les organes avant de débrancher le respirateur, tout en déterminant 5 critères qui permettent de déterminer la mort avec certitude, avec bien sûr de biens meilleurs résultats pour les greffes, l’organe étant en meilleure condition. J’ai encore des souvenirs d’enfance, ou je me rappelle mon père en discussion animée avec des responsables religieux, principalement catholiques, mais pas seulement, sur la définition de la mort.
Lorsqu’il a présenté les résultats de ses greffes à une conférence à Londres, en 1965, l’immense majorité des médecins présents ont refusé de considérer que son idée était valide, et certains même l’ont appelé un meurtrier. Et pourtant… 3 ans plus tard, ces idées ont été reprises dans le monde entier et c’est la raison pour laquelle les greffes d’organes de patient en mort cérébrale existent aujourd’hui.
J’espère avoir contribué, ne serait-ce modestement, a une prise de conscience sur ce sujet. Pour demander vos cartes de donneurs d’organes : https://hods.org/registration/ . Ces cartes sauvent vraiment des vies.



