Une fois de plus, je reprends ma plume pour répondre aux attaques persistantes de ce qui reste du camp des adorateurs inconditionnels du premier ministre, contre Yair Golan, comme je l’ai fait pour Gadi Eizenkot.
Je précise que je ne vote ni pour l’un ni pour l’autre. Mais j’ai du respect pour tous deux.
Yair Golan a donné 37 ans de sa vie à Tsahal. Il a, et ceci n’est pas contesté, risqué sa vie le 7 octobre et sauvé au moins 6 jeunes, venus principalement du festival de Nova, en parcourant les routes secondaires sous le feu des terroristes du Hamas. Voici une description par lui-même de cette journée : https://www.edut710.org/testimonies/yair-golan-gaza-envelope-area
Yair Golan est aussi un leader fougueux et direct qui ne mache pas ses mots, qualité nécessaire pour diriger des hommes au combat.
Reprenons les critiques une à une.
Sur le limogeage de la procureur générale du gouvernement
Depuis bien avant le 7 octobre, le rêve éveillé de la coalition est de s’affranchir de tout contre-poids institutionnel, que ce soit la procureur générale, la cour suprême ou de manière générale tout fonctionnaire ne partageant pas les idées du gouvernement. C’est « la politisation des fonctionnaires », une tendance qui n’est pas qu’israélienne.
Le mot de trahison est fort, mais quel autre suggérer pour un démantèlement délibéré et méthodique de la démocratie israélienne ?
« Menaces » contre le chef de la police Danny Levy
Ces propos faisaient suite à l’émission « Uvda », qui exposait les liens très forts, entre le nouveau chef de la police et les membres de la famille Netanyahou, ainsi qu’avec Itamar Ben Gvir. Yair Golan a rappelé que l’allégeance personnelle au premier ministre, au détriment de la loi, est une faute morale et pénale.
Bien sûr qu’il y aura des comptes : ce sont ceux qu’il faudra rendre à la justice et à l’inspection générale.
La fermeture de la chaine 14
Cette polémique est une bonne occasion de rappeler que la chaine 14 bénéficie de nombreux cartes de joker, taillées sur mesure par la coalition, lui permettant d’échapper aux règlementations auxquelles sont soumises les autres chaines. Entre autres : interdiction d’incitation à la haine, au racisme, obligation éthique de relater la vérité.
Bien évidemment, il faudra au minimum que ces privilèges disparaissent. Les liens entre la 14 et le Likud sont si étroits que Yaakov Berdugo, journaliste sur cette chaine, est maintenant sur la liste du Likud. Berdugo qui déclarait sur cette chaine : “il faut bombarder Gaza sans discernement “.
La purge dans les agences de sécurité
Sous ce gouvernement on a assisté à des purges de membres du Shin Bet et du Mossad et leur remplacement par des fidèles, à la loyauté sans faille, au premier ministre.
On en a vu les résultats, par exemple, avec la nomination de David Zini, messianiste impénitent, qui qualifie la guerre « d’éternelle » (milchamat netsach), ainsi que la nomination d’un directeur du Mossad sans expérience dans le domaine et dont la connaissance de l’anglais n’a pas été démontrée. Les deux ayant la qualification imparable de leur fidélité au premier ministre.
La seule manière de réparer tout ce gâchis sera évidemment une vague de mises à pied.
La fameuse déclaration sur les bébés
Comme je l’ai dit plus haut, Yair Golan est un leader fougueux, sur le champ de bataille comme à la radio. Il a corrigé cette remarque : elle visait surtout les déclarations incendiaires et les appels au blocus humanitaire total, qui détruisent le statut moral d’Israël et exposent nos soldats aux tribunaux internationaux.
Il suffit de lire les dérapages de ces ministres, pour voir que leurs propos sont bien plus condamnables et nous ont fait, à tous, bien plus de tort, justement parce qu’ils ne sont pas condamnés.
Le manque d’empathie avec les implantations
Yair Golan refuse absolument l’instrumentalisation des victimes de terrorisme dans les territoires pour justifier des avant-postes illégaux, régularisés à la va-vite par Betsalel Smotrich.
Il s’oppose naturellement à l’abandon actuel de l’état de droit dans ces territoires. Cet abandon mène directement aux sanctions commerciales actuelles contre les implantations, alors que celles-ci ont pu exporter en Europe, sans souci, depuis 40 ans.
Sur le fond
Il n’y a pas de doute à mes yeux, et je pense pour la majorité des Israéliens, que ces élections sont existentielles pour Israel.
Les perdre rapprocherait encore plus le pays d’une théocratie illibérale a-démocratique, ainsi que d’un exode des forces productives du pays, qui est déjà bien entamé.
Et bien entendu, les critiques contre Yair Golan omettent cette rage de démanteler tout ce qui a constitué la base institutionnelle israélienne d’aujourd’hui, pour nous lancer dans une aventure messianique à laquelle la majorité de ce pays ne souhaite pas prendre part, comme nous le constaterons, je l’espère, au soir du 27 octobre.



