Par Yonatan Alexandre, 17 août, 2026
Les élections israéliennes se distinguent par un tempo immuable.
Il y a d’abord le temps de la boue, 3 mois avant la date des élections.
C’est celui ou l’un des candidats émerge du peloton, le moment ou l’ordre établi perçoit un vacillement. I faut alors, à tout prix, à l’aide d’équipes de spécialistes des algorithmes, aidées de nos jours de puissantes IA, changer l’image de ce candidat.
Il y a aussi le virage sécuritaire, 3 semaines avant les élections, puis l’appel au secours du jour de celles-ci, mais ils feront l’objet d’articles ultérieurs.
C’est ce qui se passe avec le général Gadi Eizenkot, qui mérite un profond respect, tant pour son service dans Tsahal, comme chef d’état-major, que pour le sacrifice de son fils et de deux de ses neveux, en 2023 et 2024.
Le général Eizenkot est vu par une majorité de l’électorat avec faveur et espoir. Ayant réussi à escalader tous les échelons de l’armée, il dégage une force intérieure qu’une majorité grandissante d’électeurs a remarquée.
Et donc un torrent de boue se déverse, fait de vidéos, de posts et d’articles. Ce sont souvent les mêmes thèmes.
Démontons-les un a un :
Le pari d’une armée réduite
Eizenkot est accusé d’avoir poursuivi le plan d’une armée « plus petite mais plus sophistiquée ». C’est oublier que ce plan, le plan « Gédéon », n’était pas le sien, et fut adopté par le gouvernement de Netanyahu lui-même. Ce plan était adapté à Tsahal, qui a le plus souvent conduit des guerres courtes, et surtout lui a permis d’exécuter des centaines d’opérations, y compris en Iran, sans faire basculer le pays dans une guerre ouverte.
La modération économique
Eizenkot est régulièrement accusé de vouloir faire entrer en Israel de 100 à 150,000 travailleurs palestiniens, ce qui correspond à leur nombre avant le 7 octobre.
Ces travailleurs, dans leur immense majorité, viennent des territoires et sont validés par le Shin Bet. Sa position ici correspond à celle de l’ensemble de l’appareil sécuritaire. L’idee centrale est que priver ces familles de tout revenu en fait basculer beaucoup dans le terrorisme et crée une situation bien plus explosive. Comme nous le voyons aujourd’hui d’ailleurs
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Retrait du Liban en 2000
Eizenkot a soutenu ce retrait, décidé par le gouvernement de l’époque, qui a mis fin a 20 ans d’une guerre d’usure couteuse et très peu populaire en Israel. Qui peut dire ce qui se serait passe si Israel était resté sur place ? Des centaines de morts lors de divers attentats ? Une guerre régionale ?
Un excès de moralité
Eizenkot est ici accusé de faire preuve de moralité, qui consiste entre autres à prévenir les civils avant un bombardement de Tsahal.
Tout d’abord, Eizenkot est également l’auteur de la doctrine Dahiya, qui préconise l’usage d’une force disproportionnée contre les infrastructures ennemies. Ce n’est certainement pas quelqu’un de « mou ».
Ensuite, ce souci de moralité est justement ce qui a permis a Israel de conserver son statut dans la communauté internationale depuis l’indépendance jusqu’à récemment. Ce n’est pas de la naïveté, mais une condition sine qua non pour maintenir le soutien des alliés clés (États-Unis) et préserver la liberté d’action militaire d’Israël sur le long terme.
L’oublier fait d’Israel un état paria, ce que nous sommes, par ailleurs, devenus.
La gestion de la guerre à Gaza
Eizenkot est ici accuse d’avoir soutenu les accords pour libérer les otages, au lieu de la guerre à outrance si chère aux messianistes. Il a dit dès le départ que seuls des accords peuvent ramener la majorité des otages vivants.
Sur ce point, factuellement, il avait raison : la plupart des otages vivants sont revenus dans le cadre d’accords. La majorité des autres sont revenus morts…
Les auteurs se demandent aussi si Eizenkot aurait soutenu les raids contre Mohammed Deif, Hassan Nasrallah, Yahya Sinwar… C’est un procès d’intention. Si ces raids font avancer la position d’Israel, pourquoi pas ? Remarquons tout de même que l’idee est généralement que la cible est remplacée par quelqu’un de moins brillant et que ce n’est pas toujours le cas. Hassan Nasrallah et Yahya Sinwar sont arrivés au pouvoir après élimination de leurs prédécesseurs. On n’a pas vraiment l’impression d’y avoir gagné au change.
Proximité avec les manifestations contre la réforme judiciaire
Eizenkot est ici accusé du péché cardinal d’être opposé à la réforme judiciaire, que le gouvernement a poursuivi avec acharnement avant la guerre et même après, et de ne pas avoir condamné les pilotes réservistes qui ont mis fin à leur volontariat à ce moment.
Mais il s’agit justement d’un volontariat. Et non d’un service militaire, que tous ces réservistes avaient accompli. Ils ont parfaitement le droit d’y mettre fin. L’un d’entre eux a même ironiquement dit qu’il l’avait remplacé par l’étude la Torah, qui est aujourd’hui présentée comme équivalente par la coalition.
Positionnement vis-à-vis de Ra’am et le Démocrates
Les critiques se terminent par l’accusation classique de considérer un parti arabe comme fréquentable, et même de potentiellement, s’allier aux Démocrates, pourtant diriger par un ex-numéro deux de Tsahal, Yair Golan, qui n’a pas hésité à prendre son barda le 7 octobre pour sauver 6 jeunes du festival de Nova.
Quant à Mansour Abbas, qui a toujours accepte de qualifier Israel de pays juif, et soutient un service au minimum civil pour tous, juifs Haredis ou non, et arabes, il intègre en ce moment Yoav Segalowitz, ex-Yesh Atid, qui avait beaucoup fait pour diminuer la criminalité dans les secteurs arabes, dans le gouvernement précèdent. Ra’am n’est donc plus simplement un parti arabe.
Et personnellement, je le trouve beaucoup fréquentable que des partis sectoriels qui ne cherchent qu’à obtenir des subventions maximales contre un service inexistant.
Conclusion
Eizenkot est un homme admirable qui suscite l’enthousiasme, et l’exact contraire des politiciens qui sont en ce moment au pouvoir. Il est réfléchi, courageux, et a déjà donné beaucoup au pays. Il mérite d’être en tête des sondages.
J’ajoute que je ne vote pas, personnellement, pour lui. Mais les accusation ci-dessus m’ont paru tellement infondées et de telles déformations de la vérité que je n’ai pu m’empêcher de répondre.



