Répondre aux carences affectives dans le système de santé
Par Yonatan Alexandre, 22 juillet 2020
Rochelle Wreschner, qui êtes-vous ?
Je suis née en Grande-Bretagne et j’ai fait mon Alya en 1990. Je suis thérapeute en milieu hospitalier, spécialiste en soins pré- et post-opératoires. J’ai travaillé à Machon Feuerstein, ensuite à Hadassah pendant les dernières 14 années, dans le département oncologique pour les enfants. Je suis mariée avec 4 enfants.
· Quelles sont les observations qui vous ont mené à lancer cette initiative ?
Après des années à m’occuper de patients aux maladies lourdes, avec leurs familles, ainsi que de patients adultes, avec transplantations de moelle épinière, j’ai remarqué que les relations avec les parents, ou la famille au sens large, peuvent être très émotionnelles. Les soins médicaux et sociaux étaient excellents, mais quelque chose manquait. Et ce manque, cette carence, n’était ni au niveau médical, ni au niveau social, mais plutôt au niveau émotionnel. Dès lors, je me suis demandé comment je pourrais travailler sur ce problème, sur une base quotidienne, avec les familles proches ou plus étendues. En un mot, que pouvais-je faire pour résoudre cette carence affective.
· Et donc, que pouvait-on faire ?
J’ai d’abord vérifié l’existant : les associations, l’aide des différentes communautés, les helplines, les groupes de support. Et c’est alors que j’ai remarqué un autre besoin très spécifique : aider les patients en convalescence à se reconnecter au monde réel. Je tombais sans arrêt sur le même problème.
· Comment a commencé votre initiative ?
Au début, j’ai eu l’idée de créer une communauté où les gens pourraient recevoir des conseils, ainsi qu’un blog relatif à ces sujets. Puis des « cadeaux de soin », c’est à dire des coffrets de première nécessité, vous savez, tous ces objets que nous oublions quand nous allons à l’hôpital. L’idee était d’apporter des petits conforts à l’hôpital, avec des cadeaux pratiques et utiles. Finalement, ceci s’est transformé en différents services, pour que les gens se sentent mieux : des massages, pédicure, manicure, et des services de traiteur mais au bout de cette route, tout ceci est devenu le concept de compagnons de soins : des compagnons qui sont là précisément pour remplir cette carence affective que j’ai mentionnée ci-dessus. Les compagnons de soins sont vraiment le cœur de Giftitwell.
· Comment les sélectionnez-vous ?
Nous cherchons des compagnons de soins dans les plus grandes villes d’Israël, et nous espérons en trouver au moins un pour chaque langue importante en Israel (hébreu, russe, anglais, français, arabe). Nous interviewons chaque personne à fond, nous leur donnons de l’entraînement, et des instructions pour faire en sorte d’obtenir un complet professionnalisme à chaque tournant. Le plus jeune de nos compagnons a 22 ans le plus vieux 60 ans. Nefesh B’Nefesh nous aide à les trouver et donc, ce seront souvent des Olim, mais quelquefois leur Alyah s’est produite il y a 20 ans ! Il est fondamental d’enseigner à nos compagnons de soin comment créer une relation, gérer leur frustration, et par-dessus tout, être et rester positifs ! Nous demandons toujours des références, par exemple de travailleurs sociaux.
· Comment faites-vous connaître votre service à ceux qui en ont besoin ?
Nous ne pouvons faire de la publicité dans les hôpitaux : ceci n’est pas autorisé. Mais nous sommes visibles sur Facebook et bien sûr sur le web. Un jour, espérons-le, notre nom sera sur les comptoirs des Kupot Cholim.
· Quels sont les coûts ?
Ma conviction profonde est que cette initiative devrait réellement être une opération sans but lucratif, mais pour l’instant, ces couts existent : ils peuvent varier de 110 shekels par heure pendant le jour, jusqu’à 125 shekels par heure la nuit. Dans le futur, ces services pourraient être offerts par les Kupot Cholim.
· Quelles sont les limites de ce que vous pouvez offrir ?
Tout d’abord, nous ne pouvons pas fournir de soins médicaux, et ceci est très clair dès le début : les patients ou les parents du patient signent une décharge de responsabilité à cet effet. Nous avons également une assurance d’un million de shekels qui couvre nos compagnons de soins.
Deuxièmement, nos compagnons de soins ne sont pas des aides-soignants, par exemple dans les maisons pour personnes âgées.
· Comment vous assurez-vous de la qualité ?
Notre rôle est de créer des contacts entre les clients et leur famille, de remplir ces carences affectives. Quand ces contacts existent, tout problème est rapidement détecté. Nous maintenons également un forum, ou les gens peuvent échanger leur expérience, ce que nous encourageons fortement.
De plus, nos compagnons de soins ne sont pas des volontaires, ils sont payés pour leur travail, et ceci garantit déjà une meilleure qualité.
· Le Corona a-t-il changé votre routine
Bien sûr, accompagner les patients dans les hôpitaux est un peu plus difficile qu’auparavant, mais les visites à la maison sont toujours possibles. Nous pouvons livrer des cadeaux dans toutes les installations de soins et autres, bien que ceci puisse être un processus pondéreux : il m’a fallu 1h30 juste pour rentrer à Hadassah au début de la crise du Corona ! Mais les livraisons aujourd’hui sont bien plus simple.
Avec du recul, cette crise m’a permis de voir que ces carences affectives sont bien réelles, et peut-être même, plus encore plus de nos jours. J’ai vu par moi-même combien certains préfèrent prendre le risque d’être infectés, juste pour rencontrer d’autres personnes, plutôt que survivre dans la solitude.
Evidemment, lancer cette initiative juste au moment où nous le virus nous a touchés nous a ralenti, mais en même temps, nous serons prêts à fonctionner à plein régime dès qu’il disparaîtra !
Coordonnées : giftitwell.com , phone +972 58 5747880, email: info@giftitwell.com



