La crise sanitaire que nous subissons serait plus douce si elle n’avait pas été accompagnée d’une crise sociale, économique et politique. Dès sa création, Israël opta pour un régime parlementaire calqué sur le modèle britannique. Contrairement aux Anglais, les Israéliens ne se sont pas divisés en deux groupes politiques (conservateurs et travaillistes) mais en une multitude de partis. Ainsi le choix d’un scrutin proportionnel a permis de refléter tous les courants politiques de la population israélienne à la Knesset. Durant de nombreuses années, ce régime ne connut pas de véritable crise, les partis politiques en tête eurent de solides majorités lors des scrutins, leur permettant ainsi de suivre leur programme et en ne jouant pas leur avenir sur de quelconque alliances.
Depuis près de 20 ans, nous observons une instabilité politique et gouvernementale du fait qu’aucun groupe ou parti politique n’arrive à se doter d’une majorité forte. Obligeant le parti en tête de composer avec ses adversaires afin de réunir un gouvernement, cette organisation semblait être une solution et laissait entendre que des politiques pouvait s’accorder sur plusieurs sujets afin de permettre au pays une relative stabilité. Israël étant un pays en guerre et sous pression terroriste depuis sa création, le domaine sécuritaire était l’un des outils qui permettait aux partis politiques de s’allier.
Cependant, depuis deux ans, Israël se trouve aux prises de jeux politiciens sans commune mesure. Nous avons pu observer au fil des trois élections précédentes, qui ressemblaient bien plus à un vote sur la personne du Premier Ministre que basées sur le choix d’une vision future. Chaque parti s’est employé à montrer son soutien ou son désaccord sur la personne de Netanyahu, négligeant alors la population lassée de ces quelques « personnalités » déconnectées du terrain. Les manifestations qui se poursuivent chaque samedi soir à l’encontre du premier ministre, montre une colère contre ce dernier mais aussi un refus quasi-catégorique de récupération politique par l’opposition. Pourtant, il ne semblerait pas que cela émeuve les politiques de quelques bords que ce soit. Et dans la course du pouvoir auquel ils participent, la population ne leur sert que de marche pied pour y accéder.
Ces crises que nous vivons ont plusieurs sources qui demandent plusieurs solutions, et il serait inapproprié voire abject de penser le contraire. En l’espèce, l’une des réponses qui permettrait d’éviter de pareille crise politique serait de rationaliser notre système politique par le scrutin. Israël vit aujourd’hui ce que la France a connu à la fin de la IIIème République et lors de la IVème. Ne se démarquant pas le moins du monde de nos amis belges et hollandais qui se sont retrouvés au même stade qu’Israël il y’a une dizaine d’années.
Rationaliser notre régime parlementaire pourrait prendre plusieurs formes, chaque manière de stabiliser un système politique possède ses spécificités et tous ne sont pas adaptés à la réalité israélienne. Le système le plus connu des français, serait de rationaliser le parlementarisme par un suffrage majoritaire à deux tours, ce qui permet dans les faits d’obliger la population à choisir entre deux camps qui serait alors surreprésenté au sein de la Knesset. Plusieurs problèmes sont, cependant, à relever, principalement la négation de la pluralité des idées politiques de la population. Nous passerions ainsi d’une représentation presque réelle de la volonté populaire à une représentation artificielle créée par un mode de scrutin particulier.
Par ailleurs, il existe une seconde option, plus pragmatique et moins artificielle qui permet alors de dégager une majorité tout en respectant au mieux la diversité des idées politiques de la population : le scrutin de liste à deux tours. Ce scrutin, héritier de la proportionnelle et du système majoritaire, permet alors aux citoyens de voter pour leur liste au premier tour puis de dégager une majorité par alliance au second tour. Ce système est utilisé en Allemagne mais également lors des municipales françaises. Cette forme hybride possède l’avantage de respecter la volonté populaire, à savoir une représentation presque fiable des diverses idéologies politiques de la population, tout en permettant par la suite aux partis de s’assurer une alliance avant le second scrutin. En décidant de s’accorder sur une alliance avant le deuxième tour, les citoyens ont le pouvoir de choisir entre 2 ou 3 listes ainsi que d’assurer une majorité stable pour la durée du mandat électoral. Il est également essentiel d’ajouter que les alliances ainsi formées avant le second tour, permettent aux citoyens de choisir librement ainsi que de savoir qui gouvernera sans attendre d’alliances surprise post-élection.
Rationaliser le parlementarisme n’est pas chose aisé pour autant, cela a un coût sur le principe même de représentation. La pluralité des idées politiques émanant du peuple sera amoindrie par rapport au système actuel et on verra alors se former un gouvernement majoritaire et une ou deux oppositions créant ainsi des blocs plus ou moins homogènes. Pour contrebalancer un tel déséquilibre, nous pouvons imaginer une participation plus accrue dans le jeu politique par les citoyens au travers de consultation. Ces consultations peuvent prendre la forme de référendums ou d’assemblées citoyennes déléguées sur des sujets spécifiques.
Il est primordial, si ce n’est vital, pour la démocratie israélienne de rationaliser son système politique. Stabiliser le mode de gouvernance n’est pas uniquement un enjeu politique, il est également social et économique. Un pays comme Israël ne peut se permettre de stopper ses activités, de ne pas avoir de budget ni de réelle vision de l’avenir. Ne pas avoir de politiques de long terme ne peut qu’enfoncer Israël dans la crise que nous vivons actuellement et nous faire perdre tous les victoires sociétales et économiques durement acquises. Proposer une restructuration de notre système politique n’est pas qu’une solution à la crise actuelle, c’est également un gage de maturité politique où citoyens et gouvernants ont tout à gagner.
Hillel de Almeida est diplomé de Science Politique à l’Université de Paris 1 - Panthéon Sorbonne et de Sciences du Gouvernement en Sécurité Nationale et Contre Terrorisme à IDC Herzliya



