J’écrivais la semaine dernière un article sur les dangers de la judéosite, qui envahit des pans entiers de la population juive en Israël, tout en restant heureusement minoritaire.
Les conséquences de cette dérive catastrophique, véritable Chilul HaShem, viennent d’être illustrées dans un interview qu’a donné Nili Naouri -Kupfer, ou elle parle d’un peuple fier, noble et cruel, sur une télévision israélienne plutôt confidentielle, Qualita, ce qui n’a pas empêché les chaines arabes et en particulier Al Jezira de la retrouver et de les faire tourner en boucle depuis, alimentant encore plus la tempête d’antisémitisme qui secoue le monde depuis le 7 octobre. Israël gagne les guerres conventionnelles mais perd la guerre des médias, entre autres à cause de personnes comme elle, hélas.
Rappelons tout d’abord qu’elle a utilisé une citation de Jabotinsky, où il appelait, dans le contexte de l’organisation du Betar, à la création d’un autre type de Juif, génial, généreux et cruel, dans le sens : généreux pour les autres, cruel pour lui-même. Certainement pas dans le sens repris plus haut.
Entrons tout de suite dans le vif du sujet.
La conclusion que les Juifs sont et doivent être un peuple cruel s’appuie généralement sur une lecture littérale de la Torah et des midrashims. J’ai déjà parlé de l’importance croissante du Zohar et des Midrashims , dans une tendance que l’on peut qualifier de judéosité .
Une lecture littérale de la Torah, en passant, est similaire au Salafisme islamique, mouvement né au 19eme siècle (la racine « Salaf » veut dire antériorité), qui exige une lecture littérale du Coran. Les Salafistes, qui se reconnaissent par des cheveux courts, pas de moustache et une barbe hirsute – attention si vous en rencontrez un - sont à l’origine de nombreux attentats terroristes.
Mais revenons au Judaïsme.
Pourquoi se cantonner à une lecture littérale de la Torah ? Parce que la Torah est effectivement un livre violent. On y trouve :
Le massacre par Dieu des premiers-nés égyptiens
Le peuple d’Amalek, avec lesquelles les Hébreux semblent devoir livrer une guerre éternelle
Le massacre des habitants de Shchem (Naplouse aujourd’hui) par Shim’on et Levy.
Le passage dans la Parsha Matot (Nombres 31:15), dans lequel Moshe reproche aux Hébreux d’avoir laissé vivre les femmes et enfants masculins Midianites.
Les recommandations pour la conquête de Canaan (Deutéronome 20:16), qui incluent de ne pas laisser « quoi que ce soit qui respire ».
Et bien d’autres exemples
Remarquons tout de suite, qu’après un acte particulièrement cruel, le massacre des hommes de Shchem, cité ci-dessus, Shim’on et Levy ne reçoivent pas de médaille. Bien au contraire, Ya’akov les abreuve de reproches sur son lit de mort.
Alors pourquoi ne pas se laisser aller au confort de l’immoralité, si tentante en temps de persécution, sanctionnée par la Torah elle-même ?
Tout d’abord, une lecture littérale de la Torah contredit 35 siècles de commentaires par des Rabbins et penseurs plus éminents les uns que les autres. Le Talmud (Tosefta Hagigah 2.2) contient le concept de Pardes (פַּרְדֵּס), qui mentionne 4 niveaux d’interprétations, dont seul le premier (Pshat) est cette lecture littérale à laquelle veulent se cantonner des commentateurs tels que Nili Kupfer. Les autres sont Remez (indice), Drash (allégorie) et Sod (secret). L’étudiant est censé passer du Pshat vers les niveaux supérieurs par une étude approfondie et de vigoureux débats. Faire fi de toute cette littérature, qui forme le soubassement même du Judaïsme est saisissant.
De nombreux indices dans la Torah elle-même nous invitent clairement à la commenter et l’interpréter. Tout d’abord les contradictions d’un texte avec l‘autre, qui ne peuvent se résoudre que par le raisonnement et l’interprétation. D’un côté, la Torah parle d’œil pour œil et dent pour dent, et de l’autre de pardon et de miséricorde. Comment concilier ces deux concepts sans commentaire et interprétation ?
Et si nous ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, si nous continuons à étudier les commentaires de nos ainés, nous pouvons y lire, à de nombreuses reprises, que si le Juif doit être bon et miséricordieux, ce n’est pas seulement pour ses compatriotes, mais aussi pour les non-Juifs.
Et même si l’on veut rester « littéral », on peut par exemple lire (Deutéronome, 23:10) : « lorsque tu camperas contre tes ennemis (tous non-juifs), garde-toi de toute chose mauvaise ». Dans ses « commentaires », que l’on ignore à ses risques et périls, Ramban (Nahmanides) disait que le risque est grand de voir même des personnes très droites devenir cruelles pendant la guerre.
Il a dû se retourner dans sa tombe en entendant l’interview mentionné plus haut.
On peut se rappeler aussi le psaume 145:9 : « suivre les voies de Dieu et avoir de la compassion pour ses créatures ». Rabbi Shlomo Goren, le premier grand Rabbin d’Israël, et le premier
Rabbin à arriver au Kotel en 1967, en concluait que les commandements bibliques du type « tuez-les tous » ne sont plus d’application.
Si même les Juifs ignorent les « voies de Dieu » du psaume ci-dessus, nous entrons dans un monde où « au-delà des bornes, il n’y a plus de limites », comme disait Alphonse Allais. Et où nous mériterions même les condamnations de celui-ci.
En conclusion, une lecture purement littérale de la Torah, qui fait fi de 3500 ans de sagesse juive, est proche d’un analphabétisme juif.
Cette lecture s’inscrit tout entière dans une mouvance de « judéosité », sorte d’analphabétisme qui prédispose, entre autres, au dictat d’un leader tout puissant, comme l’avait bien vu Sigmund Freud dans « le futur d’une illusion », où il décrivait une interprétation religieuse naïve comme une « névrose obsessionnelle collective », entrainant une baisse de capacité critique et une soumission à une autorité supérieure. Cette description vous rappelle peut-être des évènements récents.
Au-delà même de ces commentaires, on peut simplement ajouter qu’à force de ne plus chercher à plaire à ceux qui nous haïssent, on finit par déplaire à ceux qui nous aiment.
Et nous avons toujours eu, et aurons toujours besoin d’amis.




