Mida KeNeged Mida, cette vieille affirmation (Tractate Sanhedrin, 90A) que nous sommes punis par là où nous avons péché... J’ai eu, plusieurs fois, l’impression de voir cette loi s’appliquer dans ma propre vie, même si je préfère en réserver les détails à mes amis.
Mais nul besoin de se pencher sur nos vies personnelles, quand les bouleversements politiques de ces jours nous en donnent une démonstration éclatante.
Diviser ?
Philippe de Macédoine avait déjà compris que pour régner, il faut diviser (Divide et Impera), recette successivement utilisée par les Romains, les Byzantins, les Croisés, les Fatimides, les Ottomans, les Anglais, et bien sûr par le précédent gouvernement.
Les dernières 20 années ont vu revenir la vieille recette de Philippe de Macédoine : diviser et diviser encore. Les algorithmes des réseaux sociaux ont encore multiplié ses effets. A l’heure où chaque utilisateur d’Internet est une sorte de premier ministre, avec le pouvoir de transformer la vie de tout un chacun en enfer électronique.
Les leaders d’Europe de l’Est ont redécouvert cette formule. Mladko Radic et Slobodan Milosevic, vite suivis par une vague de leaders nativistes identitaires, de Duterte aux Philippines, à Trump aux USA, en passant par Orban, Bolsonaro, et… Benjamin Netanyahu.
Les divisions qu’a exploitées Bibi existaient avant son arrivée. Quoi de commun entre un jeune Haredi qui passe ses journées à la Yeshiva de Ponovezh a Bnei Brak, qui ne croit pas en l’Etat d’Israel, avec un jeune LGBT qui fait du surf à Tel Aviv ? Mais ces différences étaient éclipsées par un statu quo, un art de vivre ensemble, qui les rendaient moins épineuses.
La force de Benjamin Netanyahu a été de bousculer le statu quo, encourager les siens à le remettre en cause, appuyé par ses indispensables alliés, les partis ultra-orthodoxes.
Ou rassembler ?
L’autre possibilité est d’unir, de rassembler. Baruch Spinoza a exposé cette thèse dans son Traite théologique et politique, où il décrit le devoir de tout leader : rassembler et rassembler encore. L’après-guerre a vu éclore de tels leaders, tels que de Gaulle, Adenauer, Truman, jusqu’à aujourd’hui, avec Angela Merkel, ou Jacinda Ardern.
Mais qui divise rassemble...
Mais tout excès génère un mouvement égal dans le sens opposé : voici qu’à force de creuser les divisions, à droite et à gauche, Netanyahu a finalement permis la formation d’une coalition « achdut » (fraternité), une coalition du changement. L’union n’a été possible que par celui qui divise.
Et avant même qu’elle ne passe la barrière du vote de la Knesset, ce soir, en dépit de toutes les embuches semées sur son chemin par la future opposition ainsi que par le Président de la Knesset, on en voit déjà les bienfaits.
Tout d’abord ce superbe discours de Naftali Bennett, sur le sens du « nous » qu’il nous faut redécouvrir. Jusqu’à sa déclaration recommandant aux supporters du gouvernement de la modération dans la victoire. Rassembler, c’est aussi ne pas montrer de joie exagérée, face à tous ceux qui croient aux discours alarmistes, parfois apocalyptiques, venant de leur bord politique.
Moi qui ne suis pas en faveur de nombres d’idées de Yamina (je ne crois pas qu’Israel puisse être une sorte de Singapour, par exemple), je me retrouve à dialoguer avec eux, à échanger des astuces de réseaux sociaux, à relire leur programme. Comme celui des autres partenaires de la coalition.
Bien sûr, Naftali Bennett sera mon Premier Ministre, je l’accepte totalement.
Et comme le disait Eluard : « et nos enfants riront de la légende noire ou pleure un solitaire ». Qui est le solitaire ? Allez savoir…



