L’Etat d’Israel et sa banque centrale dans la tourmente sanitaire
Par Yonatan Alexandre, 19 juin 2020
Israel, Baruch HaShem, s’est plutôt bien sorti de la crise sanitaire, avec moins de 300 victimes, au moment où nous écrivons ces lignes, pour une population de 9 millions d’habitants. La Belgique, pays à peine plus peuplé, en compte presque 10,000.
Mais la crise financière fait rage, et a déjà entraîné des millions de chômeurs en Israël, et des centaines de milliers d’indépendants réduits à la faillite, des locataires en défaut de paiement et des propriétaires incapables de faire face à leurs échéances d’intérêt.
On entend souvent dire que tout va revenir à la normale, vu qu’aucun actif n’a été atteint, contrairement au cas d’une guerre, par exemple. Mais ce n’est pas exact : chaque société qui disparait est elle-même une destruction d’actif, lorsque son capital est englouti par la crise.
Mais les pertes bien réelles de capital s’accompagnent de pénurie de liquidités, qui peuvent aggraver encore la dépression. Un indépendant qui reçoit juste 3 mois de plus pour payer ses intérêts ou ses taxes peut, peut-être, tout juste négocier la lame de fonds des faillites.
Dans cette atmosphère de dépression, qui n’est pas sans rappeler celle des années 30, il n’est pas sans intérêt de comparer la réaction de la banque d’Israël avec celles de ses pairs en Europe, aux États-Unis, au Japon ou en Angleterre. Israel comme d’autres, a fait appel à toute la panoplie des instruments financiers modernes, pour augmenter la liquidité à la disposition des marchés
Swaps de change
En premier lieu, la banque d’Israël a utilisé des « swaps de changes » pour assurer des liquidités dans les marchés.
Qu’est-ce qu’un swap de changes : un swap de changes est un échange d’une devise contre une autre, suivi d’un échange de cette autre devise contre la première, a une maturité définie. Le swap de changes peut mathématiquement s’assimiler à un prêt et un emprunt. Dans notre cas, la banque d’Israel prête des USD provenant de ses réserves de change, les rachète à une banque commerciale, contre ILS, et les revend à maturité. Ceci génère des liquidités ILS disponibles pour être injectées dans le marché. Le 14 mars, par exemple, USD 15 milliards ont été ainsi injectes dans l’économie.
2. Achat d’obligations souveraines en ILS
La banque d’Israel peut également mobiliser son bilan pour acheter des obligations souveraines (émises par l’Etat d’Israel). Le 23 mars, par exemple, la banque d’Israel a acheté pour ILS 50 milliards d’obligation de l’Etat. Dans cette opération, la taille du bilan de la banque augmente par un jeu d’écritures comptables. La dette toutefois est bien réelle et l’Etat devra la rembourser un jour. Ce type d’opération est également appelé QE (Quantitative Easing). Il a été largement utilisé par les USA, l’Europe, le Japon et l’Angleterre avant la crise. C’est la première fois qu’il est utilisé en Israel.
3. Emission d’obligations en USD
L’Etat d’Israël peut également organiser des emprunts en devises étrangères. Il y est, d’une certaine manière, contraint, vu que le Shekel n’est pas une devise internationale comme le USD ou l’EUR. Une partie de ces emprunts sont garanties par les USA. Cette garantie est toutefois limitée à USD 9 milliards, avec une possibilité d’émettre jusque USD 3 milliards par an (Source : Ministère des Finances Israel).
A fin mars, l’Etat d’Israel a ainsi emprunte USD 5 milliards en 3 tranches, dont une tranche de USD 1 milliards remboursables dans 100 ans (a 4.5%). Ces émissions ont été sursouscrites 5 fois, ce qui permet d’imaginer que cette opération puisse être renouvelée.
Voici donc 3 instruments qui sont à la disposition de la banque d’Israël et qui les a utilisés avec abondance. Ils sont la source de toutes les dépenses supplémentaires du gouvernement.
Bien évidemment, ces liquidités disponibles dans les banques peuvent être utilisées pour éponger les pertes (débiteurs en faillite) ou pour soutenir l’activité. Dans le premier cas, on ne voit pas d’effet sur les acteurs non-bancaires. Les banques ont donné à des débiteurs la possibilité de retarder leurs remboursements, mais bien sur cela constitue juste un prêt supplémentaire.
C’est peut-être pourquoi les banques israéliennes n’ont pas jusqu’ici fait preuve d’une très grande tolérance vis-à-vis des impayés ou des déficits bancaires. Mais ont-elles vraiment le choix ?
La dette publique de l’état d’Israël qui était jusqu’ici de 60% du PNB, juste avant la crise, nous donne une marge de manœuvre (la France est au-dessus de 100%, par exemple). Les projections voient cette dette monter à 75% du PNB. Ces 15% sont comparables aux augmentations d’endettement qui sont prévus en France ou dans d’autres pays européens.
Qui va rembourser cette dette supplémentaire ? Avant la crise, 92% des impôts étaient déjà payés par seulement 20% de la population. Il est difficile d’imaginer que l’on fasse rembourser la totalité de la dette ci-dessus par les mêmes. Et donc, il va sans doute falloir des réformes fiscales qui feront poser l’assiette fiscale sur une plus grande partie de la population. « L’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avant d’obtenir le moins possible de cris”, disait Colbert. Le gouvernement actuel est-il même capable d’aborder une telle réforme ? Rien n’est moins sûr. Il n’en a sans doute ni l’intention, ni la légitimité, ni la capacité.



