Les élections pour la 25e Knesset ont eu lieu hier 1er novembre 2022.
Ce sont les 5e élections en trois ans et demi.
Israël bat le record mondial de fréquence électorale pour une démocratie. Et si le suffrage universel est un attribue de la démocratie, sa fréquence ici n’est pas un signe de bonne santé pour la nation mais le symptôme d’une grave crise politique sans précédent. L’instabilité politique mutile le pays et y laissera de graves cicatrices.
Le taux de participation au scrutin est de 73% ce qui n’est pas mauvais et montre une mobilisation citoyenne.
Le bilan du gouvernement Bennett-Lapid a été assez positif, un record de réformes et d’actions diplomatiques pour le laps de temps assez réduit d’un an et demi.
Des avancées diplomatiques importantes et historiques notamment le sommet du Néguev qui consolide un bloc régional entre Israël et plusieurs pays arabes et entre autres permettra de se renforcer face au danger Iranien ainsi que l’accord maritime et économique avec le Liban qui représente un pont vers une reconnaissance d’Israël de la part des Libanais.
Mais aussi de nombreuses grandes réformes sociales qui vont considérablement soutenir la société israélienne sur le chemin de la justice sociale. Des budgets alloués aux aides alimentaires, à la prévention pour la violence domestique et les victimes d’agressions sexuelles, la revalorisation des travailleurs sociaux, l’amélioration des prestations vieillesses et des allocations invalidités, augmentation des allocations pour les rescapés de la shoah, un budget pour augmenter le nombre de lits dans les hôpitaux et la construction de deux nouveaux hôpitaux ainsi qu’une reforme historique pour l’intégration et la prise en charge des personnes handicapées. Concernant les réformes économiques et le sujet inquiétant de la cherté de la vie, le ministère a œuvré pour des reformes qui ont permis de baisser considérablement le taux de chômage, et un travail titanesque est en cours pour permettre d’augmenter la concurrence et affaiblir les monopoles pour à terme réussir à baisser les prix qui s’enflamment à une allure grand v.
Malgré l’union hétéroclite de la coalition les Israéliens, au regard des résultats de ces élections, ont montré qu’ils étaient plus que jamais divisés.
Les premières estimations des élections donnent l’avantage à Netanyahou 32 mandats pour le Likoud contre 24 pour Yesh Atid le parti de Yaïr Lapid .
Le bloc Netanyahou est en tête pour le moment avec 62 mandats contre 54 pour le camp de la coalition.
Le dépouillement continu et les chiffres vont encore varier.
Les partis de la coalition
Le parti centriste Unité nationale dirigé par Benny Gantz, Gideon Saar, et Gadi Eizenkot obtiendrait 13 mandats.
Le parti russophone, laïc et libéral, conduit par Avigdor Lieberman, actuel ministre des Finances, Israel Beitenou. Obtient aujourd’hui 5 mandats.
Le parti socialiste Avoda, 4 mandats.
Le parti d’extrême-gauche Meretz qui avait 4 mandats hier ne passe plus le seuil.
Le bloc de Netanyahou
Le coup de théâtre de ces élections, le parti d’extrême droite Sionisme Religieux dirigé par Bezalel Smotrich et rejoint par Itamar Ben-Gvir fusion de deux partis d’extrême droite Tkuma et le parti national religieux Emounim de Zvi Hendela a obtenu 14 mandats.
Le parti sépharade orthodoxe Shass fondé en 1982 par le grand rabbin Ovadia Yossef et à sa tête ces dernières années par Arieh Deri récolte 11 mandats.
Yahadout Hatora, fusion de Agoudat Israël et Deguel Hatorah, qui représentent les deux grands courants orthodoxes ashkénazes : les Hassidim et les Lithuaniens. Il obtiendrait 7 mandats.
Les partis arabes
Hadash Ta’al, dirigé par Ayman Odeh, réincarnation actuelle du Parti communiste israélien, obtient 5 mandats.
Le parti Islamiste israélien, Ra’am extrait d’une scission avec de Liste arabe unifiée et son leader Mansour Abbas, obtient 5 mandats.
Les résultats ne sont pas encore définitifs et des conflits entre les partis peuvent encore entraver la constitutions d’un gouvernent ce qui sera un travail coriace pour Benjamin Netanyahou.
La crise politique qui se joue est un bras de fer entre les deux plus grands leaders politiques Yaïr Lapid et Benjamin Netanyahou.
Les motivations qui se mobilisent aux cotées du deuxième plus grand parti d’Israël Yesh Atid et de ses alliés politiques luttent pour que les élus politiques entachés d’inculpations judiciaires ne puissent plus être éligibles et représenter les citoyens israéliens. Le combat pour que Benjamin Netanyahou s’écarte de la politique le temps de régler ses affaires avec la justice, ce que tout leader politique est censé faire spontanément, est pour le moment perdu.
Benjamin Netanyahou a montré une capacité de résistance féroce et obnubilé par sa survie politique, qui d’ailleurs le protège de la justice, est prêt à tout pour rester au pouvoir peu importe les alliances, les concessions et ceci sans tenir compte des intérêts des citoyens et de la nation. Pourtant, rares sont les démocraties occidentales aussi laxistes que l’Etat d’Israël sur la rallonge des mandats. Douze ans au pouvoir entrainent fatalement des tentations de corruption, c’est hélas dans la nature humaine et on a presque envie de ce fait de lui donner une circonstance atténuante…C’est à l’Etat de nous protéger de ces dérives par des lois strictes.
Un certain nombre d’israéliens ont presque oublié ce qu’était d’avoir un autre Premier Ministre que Benjamin Netanyahou. Ils l’aiment comme on aime un membre de sa famille, une figure qui est dans leur vie depuis si longtemps et à qui ils excusent tout, mais l’état de droit est ainsi dangereusement lésé.
Yair Lapid et Benjamin Netanyahou doivent-ils stopper leur bras de fer pour constituer une coalition Yesh Atid / Likoud ? Ceci semble plutôt improbable mais incarnerait pourtant de façon assez fidèle le vote du peuple israélien.
Le bloc de Benjamin Netanyahou est donc composé de partis religieux orthodoxes ainsi que du parti d’extrême droite de Betzalel Smotrich qui prône ouvertement et de façon très claire et déterminée la volonté d’instituer un état Halachique (selon les lois de la Torah).
Ce bloc, qui est exclusivement dirigé par des hommes et où la parité hommes / femmes est complètement inexistante et même refusée, présage des jours (sinon des années) difficiles pour la démocratie et l’état de droit. Un camp d’hommes ayant tous une ligne idéologique plutôt homogène dans les extrêmes.
Pourtant, les partis religieux n’ont pas de ligne politique conventionnelle droite/gauche et se maintiennent dans le camp qui leur assurera le maximum de leurs exigences pour leurs communautés.
Face à ce bloc, les partis libéraux de centre, de droite et une gauche (très minoritaire), ouverts au pluralisme et soucieux de l’égalité des droits et des chances entre femmes et hommes, entre religieux et laïcs, entre juifs et non juifs. Les Israéliens de ce bloc ne seront pas représentés dans un gouvernement Netanyahou tel qu’il se dessine aujourd’hui.
Souhaitons le meilleur pour l’État d’Israël et le peuple israélien.
Souhaitons qu’il reste fidèle à sa déclaration d’indépendance et garantisse pour toujours l’égalité des droits, des chances et des libertés pour ses citoyens.



