Les décisions gouvernementales concernant la crise sanitaire du Corona virus ont été radicales et guidées par une obsession légitime qui fut de désengorger les hôpitaux pour optimiser les prises en charges des malades.
Pourtant cette décision prise dans l’urgence a-t-elle été suffisamment pesée ?
D’une part les conséquences économiques dramatiques pour des milliers de citoyens qui se retrouvent du jour au lendemain sans ressource et basculent dans la précarité ; cette situation était pourtant plus que prévisible et le gouvernement se doit de faire face à ses responsabilités réparant auprès des citoyens, par des indemnités, les conséquences de ces dispositions.
Et d’autre part les conséquences moins visibles et non moins dramatiques sinon plus des maltraitances à l’égard des femmes et des enfants, que le confinement a généré.
En Israël, cette année de crise a tué 19 femmes. Enfermées avec leur bourreau, délaissées par les services sociaux, ignorées par le gouvernement, elles sont mortes car personne ne leur a porté assistance.
L’interdiction de travailler et de sortir fait des maisons, des prisons où les victimes ne peuvent plus échapper à leur bourreau. Aucun répit pour les femmes battues et maltraitées physiquement et psychologiquement. Elles sont désormais 24h / 24h avec celui qui les terrorise et sans aucune échappatoire possible.
Cet article de Ynet d’Adar Guil-Ad du 20 octobre 2020, fait le point sur la situation des femmes victimes de violences conjugales durant cette année de crise sanitaire.
Mais ceci n’est que la face visible de l’iceberg. Des femmes sont retrouvées mortes, des femmes appellent à l’aide, souffrent et de plus en plus souvent témoignent de leur calvaire et du manque d’aides et d’assistances.
Et pourtant, nous ne pourrons jamais évaluer le nombre d’enfants abusés et maltraités. Enfermés chez eux, coupés de leurs liens sociaux, leur seule bouffée d’oxygène et unique bouée de sauvetage, pour quelques heures de répits. Ces enfants à la merci de leurs tortionnaires subissent des viols et des violences physiques et psychologiques dont les conséquences seront irréversibles.
Qui pourra donc expliquer à ces enfants condamnés au silence que cette décision de confinement a pour but de sauver des vies ?
Qui pourra donc leur expliquer pourquoi le gouvernement les a abandonnés et oubliés ?
19 femmes tuées cette année : le Corona a transformé les maisons en prisons pour femmes
Par Hadar Gil-Ad, 20 0ctobre, 2020 - traduit par l’équipe Hashiva
Le 19 octobre, en l’espace d’une heure ont été tuées Nagit Mansour (35 ans) à Haïfa et Irina Griebener (67 ans) à Beer Sheva, par leurs maris.
Dans les associations on rapporte un nombre exceptionnel de violence conjugale. Parfois, jusqu’à cinq fois plus que par le passé. Des centaines de milliers de femmes et leurs enfants vivent dans la terreur et la peur et de nouveau, les associations déclarent : pourquoi le programme de lutte contre la violence, qui avait débuté en 2017 n’a-t-il pas encore été appliqué ?
Depuis le début de la crise du Corona en mars, dix-neuf femmes ont été assassinées par leur conjoint. La crise économique causée par la pandémie et combiné avec les deux confinements a entrainé une augmentation conséquente de la violence domestique. Deux cas extrêmes se sont terminés par une issue fatale en moins d’une heure. Avec le meurtre de Najah Mansour (35ans) et de Irena Gribanev (67 ans), à Beer Sheva, par leur conjoint.
Depuis le début de la crise du Corona, les centres d’assistance ont noté une augmentation de 100% des appels pour violence domestique. D’après les données des services sociaux de Naama, pendant le confinement durant les fêtes de Tishri, les appels ont été multipliés par trois dans le centre d’assistance comparé à la même période l’année passée. Naama estime que plus de 200,000 femmes en Israël subissent de la violenceconjugale.
La Hotline du Ministère du Travail a également observé une augmentation dramatique : le pic était en mai (1,870 appels contre 342 l’année dernière à la même époque), en juin (1,309 contre 288), et septembre (627 contre 445).
Les centres d’assistance de la WIZO ont été submergés d’appels depuis le premier confinement. L’organisation des centres de prévention et de traitement de la violence domestique a enregistré une augmentation de 300% du nombre de demandes et de 250% du nombre de femmes prises en charge, comparé à la même période l’an passé.
La ligne d’urgence pour les femmes a reçu mille appels entre avril et octobre, une augmentation de 75% sur la même période de l’année dernière. La ligne d’assistance pour les hommes concernés par le phénomène de la violence envers leur famille a enregistréune augmentation dramatique de 400% des appels demandant de l’aide durant ces mois.
De plus, les centres d’hébergement d’urgence du ministère de l’aide sociale hébergent 120 familles depuis son ouverture début mai ce qui représente trois fois le chiffre annuel habituel.
Le corps de Nadia Namsour a été trouvé à Kiryat Haim, avec des blessures à l’arme blanche. Son conjoint de 28 ans s’est échappé puis a été arrêté par la police. Quelques heures plus tard le corps d’Irina Gribanev a été trouvé dans un appartement dans la rue Mivtsa Uvda à Beer Sheva. Son corps fut retrouvé par la police après un appel selon lequel son conjoint avait tenté de se suicider en sautant de l’immeuble.
Il y a le confinement qui sauve, et il y a le confinement qui tue, dit la présidente de WIZO, Anita Friedman. Depuis le début de la crise du Corona et du confinement en Israël, 17 femmes ont été assassinées dans le pays. Elles sont victimes, non seulement de tueurs méprisables, mais également de l’absence de toute politique du gouvernement israélien pour éradiquer la violence domestique.
Un plan d’urgence est nécessaire pour combattre les dégâts du Corona dans les familles affectées par la violence, un plan qui permettrait d’éviter de prochains meurtres. Des centaines de milliers de femmes et leurs enfants font en ce moment face à la terreur, à la peur et à la violence. Pour certaines, leurs vies sont en danger.
Bien que la crise économique et sanitaire exacerbe la situation des femmes victimes de violence, les critiques sur l’incapacité du pays à résoudre ce problème se faisaient entendre bien avant le début de la crise. Le gouvernement est indifférent à ce phénomène, la meilleure preuve est ce plan d’urgence contre la violence adopté en 2017 qui à cette date n’a toujours pas été appliqué selon la présidente de Naamat, Hagit Peer.
Environ 200000 femmes en Israël vivent dans la violence. Le Corona a transformé leur maison en prison. La pression économique et psychologique s’est transformée en un véritable danger de mort. Les remarques de l’opinion publique après un meurtre nous en sommes lassés…Que faites-vous donc pour empêcher le prochain ?
Le directeur du lobby des femmes, l’avocate Michal Gera Margalot, a ajouté : « Les cas choquants d’aujourd’hui sont une nouvelle preuve de l’échec du gouvernement à combattre la violence contre les femmes et l’abandon complet de leurs existences. Le gouvernement doit comprendre que cette épidémie mène à une énorme augmentation de la violence contre les femmes et qu’il a le devoir de l’arrêter. »
Suivant cet incident,le ministrede l’égalité sociale et des retraites, la député Meirav Cohen, a appelé le comité du coronavirus à agir dans ce domaine : « En collaboration avec d’autres ministères nous travaillons à une proposition pratique pour combattre ce problème au moins pendant le temps de la crise du Corona. »
Le Président Reuven Rivlin a noté : « deux femme tuées en quelques heures, Najah Mansour, de Haïfa, et Irena Gribanev, à Beer Sheva. »
La député Merav Michaeli : « Ce gouvernement devrait se réunir pour empêcher les meurtres car il s’agit d’une question d’heures. Ni une question de jours ni une question de semaines. »
Lily Ben-Ami, la sœur de Michal Sala, qui a été assassinée par son conjoint, a réagi sur les deux meurtres et a écrit : « ce fléau doit être stoppé . À chaque meurtre, mon cœur se brise à nouveau. Le confinement a donné naissance à une énorme pression mentale économique et cette violence économique tue femme après femme. En ce moment il y a quelque part une femme qui se sent prisonnière dans sa maison. »
Chacun d’entre nous peut sauver des vies. Apprenez à reconnaître les cinq signes avant-coureurs. Soyez vigilant au sujet des voisins qui crient. Intervenez et posez des questions quand vous avez des doutes suivez votre intuition. Ensemble, nous pouvons sauver des vies.
La ministre de l’intégration, Pnina Tamano Sheta, a demandé à Benjamin Netanyahou une réunion urgente au sujet du meurtre des femmes et l’augmentation de la violence domestique depuis la crise du Corona : « En tant que gouvernement, nous devons offrir une réponse immédiate et appropriée à ce phénomène grandissant. Il est de notre devoir d’assurer que pendant cette période, les femmes qui sont à la maison suite au chômage ou pour s’occuper de leurs enfants, celles qui sont en détresse et risquent la violence, soient protégées. »



