Bien sûr, le sionisme est bien vivant. Au 7 octobre, des centaines de milliers de réservistes sont revenus pour s’enrôler dans Tsahal et combattre nos ennemis. Beaucoup d’entre eux retournent au combat encore et encore, et ne laisseront jamais tomber leurs amis sur le front. Leurs parents ne les en découragent pas. Il y a des photos d’otages partout, ainsi que de soldats tombés au combat.
Mais les guerres sont de puissants révélateurs des valeurs qui cimentent, ou non, un pays. La second guerre mondiale a vu des héros comme Jean Moulin, mais aussi toute une série de collaborateurs, ou plus simplement de groupes entiers qui n’ont pu résister à une bonne affaire. Un état de guerre est un test acide des valeurs sur lesquelles reposent les fondations même d’une nation.
Et dans le cas d’Israël, des valeurs sionistes.
Or ces valeurs bien réelles, qui jusqu’ici n’étaient contestées que par quelques groupuscules hassidiques (Neturei Karta, Satmar), sont confrontées en permanence au poids de l’individualisme, corollaire obligé du capitalisme, de l’argent et de sa propriété dérivée, la cupidité. Le sionisme est-il soluble dans l’argent ? Au moins pour certains, il semble bien que oui.
Le sionisme est loin d’être la seule victime, bien évidemment. Les valeurs qui faisaient la fierté des nations occidentales se sont effritées elles aussi, même si certaines ont encore, parfois, de beaux restes.
Mais que nous sommes loin des temps du Yishuv !
Nous avons vu récemment :
L’émergence d’espions israéliens au profit de l’Iran. Ils viennent de toutes les origines. On y trouve aussi de vrais Juifs, avec kippa, qui décident, parfois pour ILS 500, de commettre différents actes d’espionnage, ou de propagande – écrire des graffitis, photographier des bases, incendier des voitures – pour un pays qui a juré d’effacer Israël de la carte. Bien sûr, l’inégalité économique en Israël est grande, mais il est surprenant de voir ses victimes sacrifier jusqu’à leurs valeurs nationales pour un plat de lentilles. Il fut un temps où c’était nous qui achetions des droits d’ainesse dans cette devise.
Les prix exorbitants chargés par les compagnies aériennes lors des différentes crises par lesquelles nous sommes passés récemment. El Al, symbole sioniste s’il en est, a récemment célébré des profits historiques, supérieurs aux profits des 15 dernières années. Comme le disait William Randolph Hearst, la guerre est toujours bonne…
Les intérêts et commissions chargés par les banques, qui ont, elles aussi, fait les meilleurs profits de leur histoire. Y a-t-il eu des conseils d’administrations où on s’est félicité du conflit ?
Les prix exorbitants chargés par des particuliers, skippers de yachts, qui prenaient des passagers israéliens, bloqués à Chypre après la fermeture de Ben Gourion, vers Israël. Ces derniers ont payé parfois plusieurs milliers d’Euros pour une vingtaine d’heures sur un voilier. Je suis d’autant plus scandalisé que je navigue moi-même beaucoup, et je connais bien le cout de ces croisières : Euros 300 pour le diesel, des frais douaniers au départ et à l’arrivée, les frais de marina, et quelques autres consommables.
Mais auparavant, il y avait déjà :
La facilité avec laquelle des escrocs notoires, qui devraient être condamnés à de lourdes peines en Europe, pour des fraudes qui passent des marchés carbones aux cryptos, en passant par les options binaires, coulent des jours paisibles en Israël. Depuis le 7 octobre en particulier, la justice israélienne n’extrade plus vraiment.
Et bien sûr, la progression constante de la corruption dans la politique. Pas moins de 9 membres de la coalitions, membres de la Knesset ou du gouvernement, dont notre premier ministre, sont aujourd’hui poursuivis (lentement) par la justice. Comme le disait Cicéron, “les dirigeants corrompus sont d’autant plus pernicieux pour la république qu’ils n’abritent pas seulement leurs propres vices, mais les répandent parmi les citoyens”.
Plus généralement, l’effroyable inégalité sociale, encore accélérée par les comportements ci-dessus favorise une baisse des consciences professionnelles, les factures exagérées, la publicité mensongère.
Il est loin, le temps des kibboutz égalitaires où tout, jusqu’aux chemises, était à tout le monde. Nul besoin de fermer les portes à clef le soir. Sur les 220 kibboutz qui survivent dans le pays, moins de 20 sont encore collectifs. Au-delà de leurs murs, une inégalité sauvage et croissante progresse constamment. Les cafés de Tel Aviv sont pleins, mais ce sont toujours les mêmes clients qu’on y trouve. Une masse immense de citoyens israéliens ne vont, en fait, jamais au restaurant. Nous en connaissons tous.
Redresser la barre passera nécessairement par la diminution des inégalités, une politique de tolérance zéro pour la corruption, mais aussi une éducation civique et morale bien plus intense.
Hélas, ce ne sont certainement pas des priorités du gouvernement actuel.



