Après trois élections en moins d’une année, beaucoup d’Olim venant de France ne comprennent pas le système politique israélien, et pour cause il est singulièrement différent du modèle français. Voici notre petit explicatif.
En France, depuis 1958, le régime politique est appelé « semi-présidentiel » conjuguant parlementarisme et présidentialisme. Dans les faits, les français votent pour un Président avec des pouvoirs politiques forts mais irresponsable devant le Parlement et pour des députés qui décideront de la couleur politique du gouvernement. En règle générale, et dû à des circonstances politiques, les élections présidentielle et législatives se suivant depuis 2002, l’Assemblée Nationale suit toujours le parti politique qui gagne la présidentielle. Ainsi, le Premier Ministre, qui est légalement et politiquement responsable devant le Parlement et chef du gouvernement, ne sert que d’homme de paille au chef de l’État élu au suffrage universel.
En Israël, le régime politique suit le modèle britannique, ce que l’on appelle communément le parlementarisme. C’est-à-dire, que le Chef de l’État/Président à l’instar de la Reine d’Angleterre n’a qu’un rôle mineur dans les affaires de l’État, c’est un personnage protocolaire n’ayant aucun pouvoir politique réel, si ce n’est que d’influer vaguement sur des décisions plus politiques que législatives. De ce fait, en Israël, les élections législatives déterminent les Membres de la Knesset (MK) et par conséquent les membres du gouvernement.
Plus techniquement, le parlementarisme israélien est l’un des plus puristes, dû à son mode d’élection. En effet, lorsque nous votons, nous choisissons un des partis politique (Likud, Kahol Lavan, Meretz, HaGesher, HaAvoda etc.) qui établit auparavant lui-même la liste des candidats aux élections. Ce qu’on appelle un scrutin de liste à tour unique : chaque électeur vote pour une liste souhaitée, une fois les votes décomptés, ils sont ramenés à des taux indiquant le nombre de sièges acquis par chaque liste. Pour avoir 1 siège sur les 120, il faut cependant atteindre un seuil minimal de 3,25%.
Le vote est proportionnel, en d’autres termes, chaque parti reçoit le nombre quasi-exact de siège qui correspond à son score. Différent là encore du modèle français, où le scrutin s’opérant en deux tours et par tête d’affiche permet de surreprésenter le parti majoritaire et de sous représenter les oppositions. Ce faisant, en Israël il est devenu quasiment impossible de dégager une majorité unique au Parlement, effectivement, il faudrait qu’un parti remporte plus de 51% des suffrages exprimés.
Ne pouvant dégager de majorité unique, s’en suit un jeu d’alliance entre les partis afin de pouvoir construire un gouvernement et de voter les lois. Ce qui explique parfois qu’un parti ayant un nombre élevé de voix, mais ne pouvant faire aucune alliance ne puisse pas construire de gouvernement bien qu’il fût le premier parti élu aux suffrages.
Dès lors que les alliances sont négociées, vient le moment pour le Président de l’État de demander au chef du parti ayant fait le plus de voix de construire un gouvernement dont il sera Premier Ministre. Dès lors, le candidat au poste de Premier Ministre à 21 jours pour présenter un gouvernement au Président ainsi qu’une majorité de 61 sièges à la Knesset. Une fois que toutes les alliances seront négociées (le plus souvent par l’attribution de ministères à certains partis), le candidat Premier Ministre présente son gouvernement au Président qui l’accepte à la condition unique de pouvoir prétendre à une majorité de 61 sièges.
Récapitulons, Israël est régie par un système parlementaire, une seule élection est déterminante : les élections législatives de la Knesset. Lors de ces élections, chaque citoyen vote pour élire les 120 députés (MK) au travers de listes qui chacune d’elle représentent un parti politique. Les élections n’étant qu’à un tour unique, chaque voix d’électeur est représentée proportionnellement. Pour pouvoir gouverner, un parti politique doit réunir 51% des voix, représentant 61 sièges/députés à la Knesset. Dans les cas contraires, c’est-à-dire qu’aucun parti n’atteint les 61 sièges, les partis politiques se soumettent à des négociations avec les autres partis afin d’atteindre ce nombre et par la suite établir un gouvernement. Le gouvernement est issu des députés, chaque membre du gouvernement à auparavant été élu aux législatives sur la liste présentée par les partis politique. Il en est de même pour le Premier Ministre. Le seul personnage de l’État à ne pas être élu directement par les citoyens mais par la Knesset est le Président de l’État (actuellement Reuven Rivlin), mais n’ayant qu’un pouvoir symbolique, il n’a aucune prérogative gouvernementale.
Note : Hillel de Almeida est diplomé de Science Politique à l’Université de Paris 1 - Panthéon Sorbonne et de Sciences du Gouvernement en Sécurité Nationale et Contre Terrorisme à IDC Herzliya


