Le fils de bonne famille numéro 29 attend son tour pour un viol
Par Chen Artzi Sror, Yediot Aharonot, (article original en hebreu) 24 aout 2020
Une jeune fille de 16 ans entre dans les toilettes saoule et en sort fragmentée en 30 morceaux. Un homme attend gentiment dans la queue. Il a une mère et une sœur mais il est là. Il attend juste pour un viol.
Le fils de bonne famille numéro 29 attend son tour pour un viol. Des douzaines d’hommes devant lui et le dernier derrière lui. Le fils de bonne famille numéro 29 attend son tour dans les toilettes. Il sait que ce sera fini dans un moment. Peut-être qu’il se demande s’il va prendre une photo, peut-être a-t-il peur qu’on le prenne en photo. Il est très excité. Plein d’adrénaline.
Le fils de bonne famille numéro 29 à peut-être 35 ans, ou peut-être 25 ans, ou peut-être 65 ans. Avant lui, il y avait des jeunes de 15 ans aussi. Mais comme un bon garçon il attend gentiment dans la queue. Il a une mère, et des sœurs, mais il est toujours là. Il fait la queue pour un viol. Et elle ? Une prostituée, elle donne et ne crie pas, elle en demande, oui, elle en redemande probablement. Qui ne souhaiterait pas que 30 hommes prennent leur tour avec elle ? Et le fils de bonne famille numéro 29 ne sort pas du rang. Il n’appelle pas à l’aide. Il ne se pose pas de questions. Après tout, il y a beaucoup d’autres bons garçons devant lui, derrière lui et sur ses côtés. Qui sont venus tirer leur coup, qui sont venus pour une pipe. Qui sont venus pour la détruire.
Il ne la connaît pas. Il attend avec eux, dans la queue, pour un viol, comme s’il attendait le bus. Je me demande s’il portait un masque, s’il est interdit d’être groupés ici. S’il a parlé à l’homme, avant lui, ou derrière lui. S’il les connaissait. Peut-être les a-t-il entendus. Il les a entendu dire, « elle est complètement saoule mon vieux complètement saoule, fais ce que tu veux avec elle, mon vieux ».
Le fils de bonne famille numéro 29 a vu pas mal de porno dans sa vie. Peut-être a-t-il vu des vidéos de filles comme elle, passer par les mains de bons garçons comme lui. Des vidéos de Maya Napa, sur son téléphone, comme des stickers de Shabbat Shalom. Allez, c’est son tour. Il ne la regarde pas dans les yeux. C’est juste une histoire de mec. Et il veut pouvoir dormir ce soir.
Une jeune fille de 16 ans, saoule, seule dans les toilettes. Des douzaines d’hommes en face d’elle. Personne pour l’aider. Une jeune fille de 16 ans, seule loin de la maison. Elle arrête de compter. Elle a perdu le sens du temps. Ils n’ont même plus forme humaine. La jeune fille de 16 ans les voit défiler comme des démons dans un cauchemar sans fin. Elle veut crier, mais pas un son ne sort de sa bouche. Elle veut se lever mais ses organes sont lourds, blessés, pénétrés. Une jeune fille de 16 ans, au regard vide, mais qui brûle le visage de ses violeurs. Encore un et encore un et encore un. Personne pour la sauver. Personne pour les virer, pour leur crier dessus, pour appeler la police, pour appeler sa mère.
Une jeune fille de 16 ans sait que de ces toilettes, elle ne ressortira pas entière. Elle n’en ressortira peut-être même pas du tout. Il y aura un après. Peut-être A, peut-être C, un stress post-traumatique, un désordre de comportement ou alimentaire. Cela viendra comme un paquet de honte de honte de honte et une humiliation abyssale pour elle-même. Elle sortira de là coupable coupable coupable toujours coupable. Profanée pour toujours. Elle en ressortira, une femme qui voudra mourir, chaque jour de sa vie. Une jeune fille de 16 ans entre dans les toilettes saoule, elle en sort fragmentée en 30 morceaux. Prostituée de caniveau.
Une équipe d’enquête spéciale a été établie, et nous connaissons déjà le scénario. La police ne saura pas comment enquêter, la cour ne saura pas comment punir, et les violeurs rentreront chez eux comme des héros torturés. Les avocats, dans des costumes de luxe, diront qu’elle l’a voulu, qu’elle a falsifié son identité pour entrer dans la fête, qu’elle portait un maillot de bain. Qu’elle a invité l’un d’entre eux à venir dans sa chambre. Un Blood Libel de plus.
Bien que le suspect principal ait été arrêté, bien qu’il ait tenté de se faire passer pour un médecin, et promis de l’aider, et même s’il est connu par la police - il a déjà menacé une policière de viol - il n’ira pas en prison. Il fera un service communautaire. Peut-être. Comme Moshe Ivgi, Warren Beatty. Comme de nombreux autres. Tout le système s’est fait prendre en défaut. A propos, ne lui demandez pas pourquoi elle ne s’est pas plainte.
Et nous ? Nos enfants sont jetés au sol. On les frappe sur la tête, on les couvre de force avec une couverture, on les attache. Nos enfants grandissent dans une réalité de promiscuité. Oui il n’y a ni loi ni justice. Il n’y a pas de respect pour le corps ou l’âme. Le système de santé s’écroule sous une augmentation de folie, d’enquêtes pour violences sexuelles, qui se comptent en centaines de pour cent. Il n’y a pas de budget. Et donc pas de thérapeute et pas de formation. Les filles et les garçons en risque errent dans les rues, en vain. Mais il n’y a pas de budget. Et donc les programmes éducatifs ferment.
Le 1er septembre, les enfants à partir dès l’âge de 10 ans seront laissés seuls à la maison. Avec l’ordinateur. Et personne ne songe que ceci est aussi une attaque terroriste, contre laquelle nous devons nous défendre. Parlez-nous d’élections, d’accord de paix, de la normalisation de relations. Continuez à nous aveugler avec des non-sens, des batailles sans but, visant à plus de puissance, d’argent et de respect. Mais le Premier ministre ne décroche pas le téléphone pour une jeune fille de 16 ans, pour les parents d’un enfant de 16 ans. Personne n’entendra leur cri. Ils n’ont pas de passe-droit politique. C’est à ceci que Sodome et Gomorrhe ressemblaient. Seigneur, guérissez-la.
Chen Artzi Sror est une journaliste qui se concentre sur la société Israélienne, la culture Juive, les droits des femmes, ainsi que la religion et l’État.
Elle a complété son service militaire auprès de Galeï Tsahal, la radio de l’armée israélienne, et détient maintenant les postes de direction, d’écriture et d’édition pour le grand quotidien israélien Yediot Aharonot.
Son livre en hébreu “Les Nouvelles Femmes Religieuses : Quand le Féminisme Religieux rencontre les Médias Sociaux”, des publications Yediot, présente les histoires de femmes Orthodoxes féministes et de leurs activités en ligne au sein de la communauté religieuse Sioniste.



