Ce texte hypothétique décrit l’effet simulé du droit humanitaire tel que défini au 21eme siècle, sur la deuxième guerre mondiale. Les alliés auraient-ils gagné la guerre si le droit humanitaire avait prévalu autant qu’à notre époque ?
Et plus fondamentalement, le droit humanitaire, tel que formulé aujourd’hui, prolonge-t-il les conflits ou les raccourcit-il ?
Redéroulons le film.
Début de la simulation :
Nous sommes début 1945. Les bombardements indiscriminés des alliés sur les villes allemandes révoltent les jeunesses anglaises et américaines.
Les états-majors des 2 armées tentent de mollifier la révolte en précisant que ces bombardements visent des usines de fabrications d’armes ou de pièces pour celles-ci, qui hélas se trouvent dans les villes. Cette nuance se perd toutefois dans le vacarme assourdissant des manifestations.
Le bombardement de Dresde, le 13-15 février 1945, avec ses 25,000 victimes en une nuit, décuple encore la fureur des manifestants.
Les équipages des B17 de l’8th US Air Force, lors de leurs permissions aux USA, se font traiter de « Baby killers » et sont refusés dans de nombreux restaurants ou hôtels. Ils choisissent de circuler sans leurs uniformes. De même pour ceux des Lancaster anglais dans les pubs de Londres. Cela fait maintenant 2 mois que des universités comme Columbia ou UCLA, ou encore Oxford et Cambridge, sont occupées par des étudiants qui exigent l’arrêt immédiat des bombardements et un cessez-le-feu. Des drapeaux nazis sont suspendus aux fenêtres.
Ils reçoivent régulièrement des lettres d’encouragement de Mr Goebbels, qui alimente également les chaines d’informations de chiffres des victimes civiles des bombardements alliés, et spécialement le nombre de femmes et d’enfants massacrés. En revanche, les pertes de l’armée allemande restent confidentielles.
On raconte aussi que l’Allemagne positionne désormais systématiquement ses usines près d’hôpitaux ou d’écoles, ou même, fait construire des écoles à proximité de ses usines et casernes, mais cette information n’est pas reprise par les manifestants.
Des manifestations permanentes sont organisées en face de la Maison blanche et du 10 Downing Street. Ils réclament l’arrêt immédiat des bombardements, un cessez-le-feu et un retrait des troupes américaines du territoire allemand.
Le 9 et 10 mars 1945, le bombardement américain de Tokyo, qui fait 100,000 victimes, brulées vives par une nouvelle arme, le napalm, fait officiellement passer Roosevelt pour l’un des dirigeants les plus sanguinaires de l’histoire.
Le 15 mars, le procureur de la Cour internationale de justice, d’origine allemande, réclame et obtient un mandat d’arrêt contre Sir Winston Churchill et Franklin Roosevelt.
Les tentatives de diaboliser le régime nazi, étayées par la découverte récente de camps de concentration par les armées russes, sont noyées dans la fureur des manifestants et dénoncées comme une manipulation de l’histoire.
Sous la pression, mi-mars 1945, les gouvernements britanniques et américains acceptent de suspendre les bombardements. L’ONU sponsorise des contacts entre l’entité nazie et les alliés pour trouver une base de cessez-le-feu, assortie d’échange de prisonniers.
Le 20 mars, un cessez-le-feu est finalement accepté. Les troupes alliées, y compris russes, se retirent jusqu’à la frontière allemande. Les Marines américains évacuent les iles japonaises du Pacifique sous leur contrôle.
Goebbels organise un cortège de la victoire, mené par Adolf Hitler. Le général Tojo fait de même au Japon. Des populations enthousiastes les acclament. La production de V1 et de V2 reprend en Allemagne et s’étend au Japon. La construction du missile A9/A10, premier missile intercontinental capable de frapper New York, progresse rapidement.
Les alliés projettent une gigantesque barrière, érigée le long des frontières allemandes, pour contenir l’ennemi pour les prochaines années.
Fin de la simulation.
En réalité, comme nous le savons, la seconde guerre mondiale s’est terminée par la victoire écrasante des alliés, contre les régimes allemands et japonais, une victoire accompagnée de bombardements massifs de civils, par des bombes conventionnelles ou nucléaires, qui ne sont même pas mentionnées plus haut, et qui ont fait de centaines de milliers de victimes innocentes.
La seconde guerre mondiale s’est également terminée sans passer par un stade d’attentats terroristes contre les troupes occupantes. Pas de jeunes se faisant exploser aux contrôles américains ou soviétiques, pas d’assassinats d’officiers ou de soldats circulant librement à Berlin ou à Tokyo…
Ce texte n’est en aucune manière une justification pour des actes aujourd’hui considérés comme crimes de guerre.
Mais il est une tentative de susciter une réflexion au sujet du pour ou du contre du droit humanitaire contemporain, a l’heure où celui-ci est exploité comme une arme de plus dans les arsenaux du monde.



