Depuis quelques jours, un collectif francophone est né et se fait entendre sur les réseaux sociaux. Il est composé de plusieurs dizaines de militants francophones résolument engagés aux côtés du gouvernement d’union.
Nous avons cherché à en savoir plus sur leur organisation et leurs objectifs.
Rencontre avec Yonatane Laïk l’un des co-fondateurs de ce collectif. Il répond aux questions du cercle de réflexion Hashiva.
Bonjour Yonatane. Vous êtes l’un des co-fondateurs du Collectif pour l’Union d’Israël. Le mercredi 28 juillet 2021, vous avez publié un communiqué pour annoncer le lancement de cette structure dont le principal objectif consiste à soutenir le gouvernement d’union auprès du public francophone. Comment en êtes-vous arrivé à un tel projet ?
Sur le plan personnel, j’ai vécu bien des expériences depuis mon alyah : l’oulpan, l’armée, la vie associative… Et puis, j’ai vécu à la fois dans une localité religieuse de Judée-Samarie mais également dans un kibboutz plutôt de gauche et laïc. Je suis devenu israélien à ma façon et j’ai compris qu’il y avait mille et une manières de vivre cette identité. Ces dernières années, j’ai été particulièrement sensible aux discours de « sécession » que l’on pouvait entendre ici et là, tant du côté de Tel Aviv que de celui de Mea Shearim. Quant à la crise sanitaire et économique, elle n’a pas manqué d’accentuer davantage encore les clivages et les incompréhensions. Je suis arrivé à la conclusion qu’il était urgent de créer des passerelles entre les différents îlots de la société israélienne mais aussi de nous réunir autour d’un « minimum commun ».
C’est à ce moment que l’actualité politique percute votre propre cheminement intellectuel et personnel ?
Exactement ! L’émergence d’un possible gouvernement d’union, composé de partis de tous les bords, a provoqué des réactions de haine qui me semblaient totalement disproportionnées. Les réseaux sociaux étaient devenus un véritable défouloir pour des milliers de juifs francophones installés en Israël. Les gens ne s’en rendent pas toujours compte mais les mots détiennent parfois le pouvoir de tuer. Alors que nous étions à peine sortis d’un conflit militaire avec les organisations terroristes de Gaza, sans transition aucune, le Shabak et les services de sécurité se préparaient à un scénario digne du 4 novembre 1995. Nous étions au bord du précipice.
Comment vous réagissez à ce moment-là ?
Je me refuse à l’idée de rester les bras croisés alors je prends la plume et j’essaye de faire entendre tant bien que mal une autre voix francophone sur les réseaux sociaux. Je m’engage en faveur de ce gouvernement d’union et des valeurs qu’il véhicule. Très vite, je me rends compte que je n’étais pas isolé et que bien des francophones, venus d’horizons très différents, tenaient un discours semblable au mien. De fil en aiguille, nous avons d’abord échangé des « likes », puis des messages, et enfin, nos numéros de téléphone. Nous étions décidés à aller plus loin.
« Aller plus loin ». C’est votre expression pour désigner la naissance du collectif. En quoi ce projet vous a-t-il semblé utile et nécessaire dans un tel contexte ?
Nous étions animés par une même volonté de soutenir ce gouvernement, de coordonner nos activités respectives et de nous consacrer à un vrai travail de pédagogie. Pour tout vous dire, on voulait reproduire à notre petit niveau ce qui avait été rendu possible au sommet de l’État : apprendre à vivre et à travailler ensemble malgré nos différences. Comme pour signifier à nos détracteurs que c’est possible ! Et puis, il ne me semblait pas moins nécessaire de prouver que la gauche israélienne n’avait pas le monopole du social et de l’écologie, et que la droite, elle, n’avait aucune « exclusivité » sur le patriotisme et la sécurité. Au sein du collectif, ces questions font consensus et dépassent nos couleurs politiques.
Quels sont vos principaux objectifs ?
Sur le court terme, nous voulons être une véritable force francophone de soutien au gouvernement d’union grâce à un travail de ré-information en direction du plus grand nombre. Nous avons également pour ambition de coordonner l’action des représentants francophones et des militants influents engagés au sein des différents partis de cette coalition. Sur le plus long terme, nous envisageons de mettre notre structure et nos réseaux au service de causes que nous voulons placer au centre des préoccupations des Français en Israël. Je pense à la justice sociale, au logement, à l’amélioration du système de santé, au handicap, à la vie chère mais aussi au pluralisme des opinions, à la lutte contre la corruption et les monopoles, à écologie et aux droits des animaux. Nous voulons aussi réaffirmer le caractère juif et démocratique de l’État, créer des passerelles entre les différentes composantes de la société israélienne, et renforcer les liens entre toutes les communautés juives de diaspora et Israël.
La « communication » est donc au centre de votre projet. En quoi consiste votre stratégie ?
Notre projet est effectivement dirigé vers l’opinion publique francophone et il se concentre autour de deux champs d’action :
1. Les médias traditionnels – Nous avons constitué pour cela un fichier presse, nous rédigeons des communiqués que nous envoyons aux journalistes, et nous faisons tout notre possible pour intervenir dans les médias afin de faire entendre notre voix.
2. Les réseaux sociaux – Nous sommes actifs sur Facebook et Twitter et nous diffusons notre contenu d’abord via nos canaux officiels mais aussi en mobilisant nos membres actifs et nos sympathisants. Nos publications sont ainsi relayées sur des dizaines de profils et de groupes. Nous avons également mis en place un observatoire pour prendre le pouls au quotidien de l’opinion publique franco-israélienne.
Comment fonctionne le collectif ?
Nous sommes une quinzaine de membres fondateurs. Ensemble, nous formons le « premier cercle ». Notre mode de fonctionnement est collégial. Il n’y a aucune hiérarchie au sein de notre groupe. Chacun est libre de proposer une idée et de donner son avis sur celle d’un autre. Nous écrivons nos publications à plusieurs mains et nous élaborons notre stratégie ensemble.
Notre « second cercle » rassemble plusieurs dizaines de sympathisants qui se sont constitués autour d’un groupe WhatsApp. Ces militants partagent le contenu que nous produisons à leurs contacts. Ils nous aident à faire entendre une autre voix et sont devenus des relais importants. Parfois, nous lançons un appel en leur direction pour recruter des bonnes volontés prêtes à nous aider, même de façon exceptionnelle, pour des missions bien précises.
Qui sont les membres fondateurs de ce collectif ?
Nous avons des représentants de l’ensemble des partis politiques de la coalition à l’exception de Ra’am. Valérie Dahan pour Meretz ; Laurent Cige et Marco Sarrabia pour Avoda ; Yonatan Alexandre pour Yesh Atid ; François Guthmann et Marie Asseraf pour Kahol Lavan ainsi que Myriam Azogui-Halbwax, qui est centriste et proche du parti de Benny Gantz ; Thierry Weill pour Israël Beitenou ; Marie-Lyne Smadja pour Tikva Hadacha et Jérémy Guez pour Yemina. Nous comptons également dans nos rangs des militants associatifs ou politiques indépendants comme Karine Dana, Eliane Lezmy, Michaël Amsellem, Shmuel Vasquez et moi-même. Au-delà de nos appartenances politiques respectives, notre collectif est composé de gens venus d’horizons très différents : olim hadachim et vatikim ; religieux, laïcs, traditionalistes et haredim se côtoient ; certains habitent en ville et d’autres dans des kibboutzim, dans le centre du pays et dans sa périphérie.
Qu’avez-vous à dire à ceux qui vous accusent d’être des « groupies » du gouvernement Bennett – Lapid ?
A un moment, il faut être pragmatique et savoir prendre ce qu’il y a à prendre. Je peux vous assurer que nous ne sommes pas des “groupies” de Naftali Bennett ou de Yaïr Lapid, ni d’aucune autre personnalité de ce gouvernement. Chacun d’entre nous a des réserves ou des critiques qui lui sont propres mais nous croyons en revanche au rôle historique de cette coalition.
C’est maintenant que tout se décide : est-ce que le pays sera à la hauteur des enjeux écologiques ? allons-nous enfin construire des passerelles entre les différentes composantes de la société israélienne ou sommes-nous prêts à risquer une sécession qu’elle vienne de Tel Aviv ou de Mea Shearim ? serons-nous capables de faire face à l’urgence sociale ?
Pour notre part, nous avons fait le choix du « verre à moitié plein » que l’on compte bien remplir jusqu’au bout, quitte à le faire goutte par goutte. Cela prendra du temps et nous rencontrerons bien des désillusions en chemin. Mais nous soutiendrons ce gouvernement jusqu’au bout car il offre enfin au pays une stabilité, un budget et beaucoup d’espoir. Nous croyons en la volonté fédératrice et réformatrice de cette coalition. C’est pour cela que nous sommes décidés à nous mobiliser auprès de l’opinion francophone car il en va de l’intérêt d’Israël et de ses citoyens.




