En septembre dernier, nous avions fêté la nouvelle année juive, la fête de Rosh Hashana, dans l’ignorance de ce qui se tramait et avec l’optimisme naturel qui nous caractérise.
Puis, nous avions observé le jour de Kippour avec tout autant d’espérance et de confiance pour une année qui apportera la paix, une année sans attentat, une année bénéfique pour nos proches et nous-mêmes, pour le peuple juif, pour notre pays, pour l’État d’Israël et le peuple israélien, mais aussi pour tous les peuples du monde avec qui nous souhaitons tellement vivre en paix et en harmonie.
Le jour de Kippour nous rassemble, et la communion qui nous unit ce jour-là nous donne la force d’envisager un avenir meilleur en tant que juif, mais aussi en tant qu’être humain, et nous pousse à l’examen de conscience.
A mon sens, pour se respecter entre humains, il faut avant tout apprendre à être digne de l’héritage que nous avons reçu : l’univers et le monde dans lequel nous vivons est un chef-d’œuvre, la nature qui nous entoure, les végétaux ainsi que tous les êtres vivants qui s’y trouvent humains et animaux. L’univers étonnant et merveilleux forme un tout qui perpétue le cycle de la vie, et sans lequel nous ne pourrions survivre. Le respect de toutes les formes de vie devrait être le fondement sur lequel construire nos sociétés.
Les jours qui suivent Kippour annoncent la fête de Souccot, qui, elle aussi, est chargée en symboles. Un des symboles est l’humilité. Sous la Soucca, légère et fragile, que la pluie et le froid traversent et qu’un vent fort peut détruire, nous ressentons notre fragilité et combien nous sommes vulnérables. C’est une leçon de vie qui tente de replacer notre ego à sa place et nous commande de ne pas nous enorgueillir en nous imaginant tout-puissant. Cela nous rappelle que seuls, nous sommes faibles et petits face à la puissance de la nature.
Le secret de la force, nous le connaissons. Nous savons que par l’union, nous pouvons bâtir des maisons qui nous protègent des intempéries, aménager les milieux hostiles, faire évoluer la science et guérir des maladies, déployer des armes perfectionnées pour nous protéger et nous sentir en sécurité. Mais avant tout, nous savons que simplement nous réunir dans les temples, dans un but commun bienveillant, nous permet d’unir nos énergies et créer des égrégores ressourçants, car les êtres vivants se nourrissent de communication, de mots, de regards, d’échanges et d’amour. Par cette force de l’union nous pouvons nous accomplir et bâtir.
La fête de Souccot 2023 s’est déroulée comme à l’habitude, et le peuple d’Israël a mangé sous la Soucca en famille et dans la joie.
La fête de Simhat Torah qui clôture la semaine de fête acte la fin de la lecture de la Torah, mêlée à la joie de recommencer à nouveau, un cycle sans fin, le cycle de la vie.
Mais ce Simhat Torah 2023, le cycle de la vie s’est arrêté à l’aube. Le soleil ne s’est pas levé ce matin-là, les ténèbres se sont abattues sur nous.
Je me souviens de l’effet de surprise. La sirène première m’a réveillé à 6h30 du matin. Je ne savais pas encore que nous vivions une des plus grandes catastrophes de l’Histoire de notre pays.
J’ai allumé la télévision et j’ai vu nos journalistes tétanisés, échanger en direct au téléphone avec des personnes demandant de l’aide, suppliant et pleurant pendant des heures. Elles appelaient au secours en espérant que la police ou l’armée viennent les sauver. Leurs voix terrorisées étaient bouleversantes. Elles étaient cachées dans une pièce de leur maison pendant des terroristes armés pénétraient chez eux. Puis, brusquement, le silence radio : la mort a frappé en direct face au monde entier, et nous, spectateurs figés d’impuissance, nous avions la peur au ventre et une seule idée en tête, obsessive, tournait en boucle dans notre esprit abasourdi : “Ceci ne peut pas être réel, c’est un cauchemar, et je vais me réveiller.”
Mais nous ne nous sommes jamais réveillés de ce cauchemar.
Après le choc du pogrom abominable du 7 octobre, nous avons assisté à l’ouverture des vannes de l’antisémitisme mondial qui hait Israël, qui hait l’idée même d’un État juif (et donc du sionisme) et qui refuse d’accorder aux juifs une place dans ce monde.
134 des personnes kidnappées par les islamistes du Hamas sont encore à Gaza, depuis plus de 6 mois, prisonnières en enfer, aux mains de criminels et d’une population complice et hostile. Le peuple palestinien de Gaza est certes victime du Hamas et vit depuis de nombreuses années sous un régime oppressif qui enseigne aux enfants la haine du berceau jusqu’aux manuels scolaires. Nous savons aussi que les dissidents risquent leur vie. Mais les Palestiniens de Gaza sont des êtres humains, avec, je suppose, un potentiel humain d’empathie et de sens de la justice, et nous ne pouvons éluder la question : où ce potentiel a-t-il donc disparu ? Où sont donc les héros qui sauvent des vies ? Les humains épris de justice qui sauveraient des bébés juifs pris en otages, des innocents torturés et violés ? Pas un seul ? Si seulement un seul acte héroïque pouvait émerger, un peu d’espoir s’insufflerait dans nos corps, mais au lieu de cela, c’est une foule en liesse qui arrache les vêtements des otages, leur crache dessus et crie des slogans de haine. Il semble que les Palestiniens qui ont gardé le sens de l’empathie, de la justice et tout simplement un peu d’humanité sont déjà partis, ont déjà quitté Gaza. Ils sont partis pour parler au monde. Ce monde sourd qui ne les entend pas. Les héros ce sont eux, il y en a beaucoup, écoutons-les, ils risquent leur vie pour faire entendre leur voix. Dor Shahar, Mosad Hassan Youssef et de nombreux autres. Ils dénoncent le danger du Hamas, la corruption de ses dirigeants, son emprise colossale sur sa population complice et son projet islamiste d’exterminer les juifs, de détruire l’Occident et d’islamiser le monde.
Aujourd’hui, nous sommes en avril 2024, Pessah est là. La libération de l’esclavage, la sortie d’Égypte, la liberté retrouvée et la marche vers la terre d’Israël.
Pessah, la fête de la liberté.
Mais comment fêter la liberté sans la libération de nos sœurs et frères séquestrés à Gaza?
Notre cœur est à Gaza avec les otages, nos pensées ne les quitteront jamais, nos nuits ne seront plus jamais les mêmes, nos projets non plus.
Le 7 octobre 2023 marquera le début d’une ère tristement différente. L’État d’Israël ne sera plus jamais le même, car notre pays refuge fut le lieu même du pogrom juif du XXIe siècle.
À Pessah, la coutume est de poser sur la table une coupe de vin pleine et de garder la porte entre-ouverte pour accueillir le prophète Eliahou Hanavi chargé d’apporter de bonnes nouvelles au peuple juif et aussi pour toute personne seule en ce soir de fête. Cette année, nous aurons aussi des chaises vides autour de la table du seder, tous les juifs du monde garderont une chaise vide en hommage des victimes du 7 octobre arrachées à la vie et au nom des otages prisonniers et torturés nuits et jour à Gaza depuis plus de 6 mois.
Nous ne laisserons personne nous voler ce que nous avons construit ici en Israël, nous ne les laisserons pas nous voler ce que nos ancêtres, nos grands-parents et nos parents ont construit à la sueur de leur front. Le 7 octobre a ravivé le souvenir, en nos âmes meurtries, de l’horreur de la Shoah et plus que jamais souligne la nécessité du sionisme et d’un État d’Israël fort et sécurisé.
Nous sommes inquiets pour le futur de l’occident, car si le plus terrible pogrom de notre époque, plutôt que d’ouvrir les yeux sur le fléau islamiste, a décomplexé la haine antisémite, il y a de quoi s’interroger sur l’avenir du monde libre et de l’humanité.
C’est aussi l’heure de la remise en question sur la gestion de notre sécurité. Comment nos dirigeants ont-ils pu être aussi incompétents, comment et pourquoi notre armée n’a-t-elle pas pu éviter le carnage ?
Nous ne dormirons pas en paix jusqu’à ce que les coupables de cette négligence soient jugés.
Nous ne dormirons pas en paix tant que nos otages ne seront pas libérés.
Nous ne dormirons pas en paix tant que nous n’aurons pas éliminé le Hamas.
Nous ne dormirons pas en paix tant que l’idéologie islamiste ne sera pas anéantie.
Car nous ne pardonnerons jamais pour les enfants torturés, violés et brûlés vifs.
Nous ne pardonnerons pas pour les jeunes filles et les femmes violées, éventrées, mutilées et tuées par balles.
Nous ne pardonnerons pas la profanation de leurs corps traînés et déshumanisés dans les rues de Gaza sous les applaudissements de la foule.
Nous ne pardonnerons pas les hommes torturés et violés, les personnes âgées, les personnes handicapées torturées, brûlées vives.
Nous ne pardonnerons pas les parents et les enfants brûlés vifs enlacés dans leur inséparable dernière étreinte.
Nous ne pardonnerons pas car ces crimes abominables sont à jamais gravés dans nos âmes et notre mémoire individuelle et collective.
Car ces horreurs retentissent comme des lames qui fauchent violemment notre respiration et étouffent notre cri du « plus jamais ça » d’après la Shoah.
Car ces abominations révèlent cruellement les ténèbres qui menacent notre monde. L’État juif se trouve dans le viseur de ces fanatiques, car il incarne le rempart du monde libre, portant la torche éclairante pour les nations. L’implication de l’Occident à nos côtés dans une lutte implacable contre le terrorisme islamiste est essentielle ; sans cela, sa chute semble inévitable.
Am Israël Haï
par Karine Dana



