Depuis la création de l’État d’Israël, l’armée israélienne a connu peu de répit. Les pertes, tant militaires que civiles, furent nombreuses, bien au-delà de ce qu’un peuple peut émotionnellement contenir et endurer. Les tragédies se sont malheureusement succédé, et les mots semblent désormais usés pour exprimer le vide laissé par ces disparus. Profondément affecté, le peuple israélien rend hommage à ses morts avec fidélité, abnégation et constance.
Parmi les drames qui ont marqué l’histoire de l’État d’Israël, la disparition tragique du sous-marin Dakar, en janvier 1968, a profondément bouleversé la nation.
Le sous-marin INS Dakar, anciennement HMS Totem, fut acheté à la Royal Navy par Israël en 1965. Il subit des rénovations jusqu’en 1968. Lors de sa dernière année de préparation, les réparations se déroulèrent au Royaume-Uni avec la collaboration de techniciens de la marine britannique. Cependant, en raison d’un budget militaire très restreint, des choix difficiles durent être faits, et le sous-marin ne bénéficia que de réparations minimales. Déclaré apte au service, il entama son retour vers Israël en janvier 1968 avec à son bord 69 marins, dont certains âgés de seulement 19 ans.
Le Dakar quitta Portsmouth en surface le 9 janvier 1968, à destination du port de Haïfa. Il fit escale à la base navale britannique de Gibraltar pour se ravitailler. Le commandant de bord, Yaakov Ra’anan, reçut ensuite l’ordre de poursuivre le trajet en immersion, probablement dans le cadre d’un exercice, tout en ralentissant l’allure pour ne pas arriver en avance à la cérémonie d’accueil prévue le 27 janvier 1968.
Les dernières images de l’équipage au départ de Portsmouth :
Le Dakar envoyait sa position toutes les huit heures. Le dernier message clair fut reçu à 6h10 le mercredi 23 janvier, suivi d’un message brouillé reçu le lendemain à 12h02, indiquant une position à 580 km de Haïfa. Le vendredi 25 janvier, plus aucun signal ne fut reçu, et dès le samedi 26 janvier, des opérations de recherche furent lancées, sans succès.
Des milliers d’Israéliens, les yeux tournés vers la mer, attendaient avec impatience le retour des 69 marins, absents depuis une année entière. Trois jours avant l’arrivée prévue, à quelques centaines de kilomètres des côtes israéliennes, le Dakar disparut dans un silence assourdissant. Aucun indice, aucune explication — seulement des hypothèses, toutes restées sans confirmation. L’hypothèse d’une attaque ennemie fut rapidement écartée. La soudaineté de la disparition, sans appel de détresse, plongea l’armée israélienne dans une incompréhension totale.
Les profondeurs marines conservèrent le secret de la disparition du Dakar et de son équipage.
Deux semaines plus tard, les recherches ne laissaient plus aucun espoir. Les familles entrèrent en deuil et observèrent les sept jours de shiva. En février 1968, le ministre de la Défense Moshe Dayan présenta les conclusions devant la Knesset. Sans pouvoir expliquer les causes du naufrage, il déclara :
« Une terrible tragédie nous est arrivée. Une merveilleuse équipe composée des meilleurs de nos fils est tombée dans l’exercice de ses fonctions. Que leur mémoire soit bénie à jamais. »
Un jour de deuil national fut décrété, et les noms des 69 marins furent ajoutés au mémorial des morts du mont Herzl à Jérusalem.
Trois mois après la disparition, le grand rabbin militaire, Rav Shlomo Goren, accomplit un acte remarquable et sans précédent en libérant les veuves de leur statut d’agounot (femmes enchaînées à un mariage en l’absence de preuve de décès). En s’appuyant sur une décision halakhique ancienne, il assimila le sous-marin à une « pièce hermétiquement close entourée d’eau », permettant ainsi de déclarer les marins comme officiellement décédés. Par cette décision, il évita au pays une seconde tragédie : celle de femmes contraintes à l’attente, sans espoir ni reconnaissance.
Fait troublant, trois autres sous-marins disparurent mystérieusement la même année : le Minerve (France, 27 janvier), le K-129 (URSS, 8 mars), et le USS Scorpion (États-Unis, 22 mai). Aucune explication ni lien entre ces événements n’a pu être établi.
Durant 30 ans, Israël ne cessa jamais ses recherches. Une commission spéciale fut mise en place au sein du ministère de la Défense, mais les moyens technologiques de l’époque étaient insuffisants pour sonder les grandes profondeurs de l’océan. En 1996, Israël fit appel à la société américaine Nauticos Corporation (également impliquée dans la recherche du Titanic). En mai 1999, grâce à une coopération entre la marine israélienne, la marine américaine et Nauticos, l’épave fut retrouvée à 3 000 mètres de profondeur, entre Chypre et la Crète, à 800 km d’Israël, sur la trajectoire prévue. Le 28 mai 1999, l’armée israélienne annonça officiellement la découverte.
Cette découverte permit d’émettre plusieurs hypothèses, l’incident technique étant privilégié, mais aucune certitude ne put être établie. Pour les familles endeuillées, ce fut un moment bouleversant. Après trois décennies d’attente, l’épave représentait enfin un lieu symbolique de recueillement.
Aucun corps ne pouvant être retrouvé, une ne cérémonie eut lieu en mer, au-dessus de l’épave. Des morceaux du sous-marin, dont le pont, furent remontés et exposés à Haïfa. Parmi les rares objets retrouvés, un uniforme soigneusement emballé pour la cérémonie d’accueil, préparé par un des marins, fut retrouvé intact et exposé au musée de Haïfa.
Chaque année, à la date anniversaire de la disparition, une cérémonie est organisée sur le mont Herzl, au mémorial construit en son hommage, en présence de hauts responsables militaires et politiques.
Depuis cet évènement, la marine israélienne a réduit les effectifs des marins à bord des navires en mer pour qu’un drame de cette ampleur ne puissent jamais se reproduire.
En 2016, malgré les avis très partagés au sein des familles endeuillés, les uns aillant peur du mauvais sort et les autres souhaitant mettre à l’honneur le souvenir, la marine Israélienne, pour prolonger la mémoire, baptise son 6ème sous-marin : Dakar.
Lien vers les noms des 69 marins disparus :
http://www.submarines.dotan.net/memorialh/
En 2009, David Jourdan, chef de l’expédition américaine de Nauticos publie le livre « Never Forgotten ». Par un récit bouleversant il évoque les témoignages des familles endeuillés, leur attente éprouvante durant les recherches et l’impossible oubli. Son livre décrit toutes les étapes qui ont mené à la découverte et les travaux qui ont suivi.
La disparition soudaine et tragique de l’équipage du Dakar, dans ce pays âgé d’à peine 20 ans, avec une population d’environ 2 millions d’habitants, a laissé des cicatrices indélébiles.
De nombreux poèmes et chansons ont été écrit par des artistes Israéliens et également par des membres des familles en mémoire de leurs proches.








