C’est par ces mots terribles que Moshe Dayan, le 8 octobre 1973, au début de la guerre de Yom Kippour, a prévenu Golda Meir du danger existentiel pour Israel. Il semble qu’il ait suggéré à Golda Meir de préparer une réponse nucléaire, tant il craignait la défaite. Ce qu’elle a refusé.
53 ans plus tard, Israel est de nouveau devant le gouffre.
Rien de moins que Benjamin Netanyahu l’a confirmé, dans ce qui est sans doute l’interview le plus catastrophique qu’il ait jamais donné.
Vendredi, face a Roi Katz sur la chaine 10, il a repris le thème, déjà vieux de quelques mois, d’un Israel devenant une Sparte moderne. Indépendante économiquement et militairement du reste du monde. Mais cette fois-ci, il a aussi parlé de « sanctions inévitables, notamment bancaires ». Du besoin d’utiliser les cryptos pour les éviter, ce que même le gouverneur de la banque centrale d’Israel a décrit comme totalement inefficace. En un mot, une ânerie.
Sparte garde des relents glorieux, tout droit venus de l’antiquité grecque. Mais ne nous y méprenons pas. Sparte était une super-puissance de l’époque, qui produisait tout ce dont elle avait besoin, depuis ses céréales jusqu’à ses trirèmes, avec lesquelles elle gagna même la guerre du Péloponnèse, il y a 2457 ans.

Et Sparte n’est plus qu’un souvenir…
Israel n’est pas une super-puissance : même le camion qui vient chercher vos poubelles le matin vient de l’étranger.
Quels sont les pays d’aujourd’hui qui sont ces « super-Sparte » qui sont la marotte du premier ministre ?
La Corée du Nord
La Corée du Nord n’a certainement pas la gloire de Sparte. On l’appelle « le royaume ermite ». Leur politique de « Juche » est exactement ce dont Netanyahu parle.
Elle est effectivement indépendante militairement, produisant ses sous-marins, ses chars, ses canons et même ses bombes atomiques. Ces dépenses lui coutent entre 20 à 40% de leur PNB. L’économie tout entière est une économie de combat. Le bien-être des citoyens, alimentation, logement, santé, ne sont que des considérations secondaires. Il n’y pas si longtemps, on y mourrait encore de faim. La Corée du Nord dépend régulièrement de donations de denrées de base, entre autres par la Chine, qui la maintient sous perfusion.
La Corée du Nord produit ses propres voitures et camions, parfois sous licence de producteurs étrangers, comme cette Dacia ci-dessous. Elle importe aussi entre 10 à 20% de ses besoins en nourriture.

Pour empêcher une émigration qui serait certainement un tsunami si elle était libre, La Corée du Nord a fermé depuis longtemps ses frontières. Quitter la Corée du Nord se fait au péril de sa vie.
L’Ukraine
L’Ukraine est devenue, par la force des choses, et l’immensité du défi militaire qui lui est pose, une « Sparte », produisant une partie de ses armements.
Mais l’Ukraine garde de nombreux amis en Europe comme ailleurs. Elle importe par ses frontières avec la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, une grande part de ce dont elle a besoin. Les Ukrainiens voyagent dans le monde sans inconvénients. Leurs passeports leur permettent d’accéder à 142 pays.
Conséquences pour Israel
Les premières conséquences de sanctions seraient l’impossibilité d’exporter une grande part de notre production, ainsi que d’importer la plupart de nos besoins essentiels.
· Importations : Israel importe 90 à 97% de ses besoins en céréales, principalement de l’Europe de l’Est. Israel importe 68% de ses systèmes d’armes majeurs, principalement des USA. Votre challah de Shabbat vient d’Ukraine ou de plus loin.
· Exportations : Israel exporte 28% de son PNB. Ses exportations vont pour 36% en Europe, 32% aux USA, et le reste principalement en Asie
Mais Netanyahu a aussi parlé de conséquences bancaires. Celles-ci peuvent être de plusieurs ordres :
· Réseau SWIFT : c’est la plus grande menace. Elle couperait la possibilité de faire des payements internationaux. Plus de pension payée dans un compte en Israel – je donne cet exemple au hasard, vu le nombre de supporters du Likud concernés.
· Gel des avoirs des institutions financières à l’étranger. Israel n’aurait plus accès à ses avoirs auprès d’autres banques centrales.
· Blocage des systèmes de payements tels que Visa ou Mastercard. Fin du tourisme en Grèce ou en Italie…
· Fin des emprunts par des citoyens israéliens à l’étranger. Impact direct pour ceux qui ont encore un appartement à rembourser.
· Fermetures des frontières à l’émigration. Un pays faisant face à de telles sanctions va nécessairement mettre en place de lourds freins à l’émigration, fiscales ou autres.
Ceci est-il inéluctable ?
Non. Votre vote le 27 octobre peut encore éviter l’avalanche de conséquences. Ce qui nous a mené à la situation actuelle est une combinaison de deux facteurs :
· L’antisémitisme sous-jacent de minorités actives, qui a toujours existé. Mais qui n’a pas empêché Israel de prospérer pendant des dizaines d’années.
· Les déclarations haineuses et outrancières, systématiques, quotidiennes, des extrémistes de notre gouvernements. Déclarations reprises et traduites dans toutes les langues par Al Jezira et autres. Savent-ils seulement le nombre de munitions qu’ils ont fournies aux antisémites ci-dessus ?
Que nous sommes loin du pragmatisme d’un Ben Gurion ou Golda Meir !
En conclusion, garder le même gouvernement garantit que les prévisions du premier ministre vont se réaliser. Il gardera les mêmes alliés : il a dit, encore vendredi, que Ben Gvir sera un grand ministre dans son prochain gouvernement.
Votez le 27 octobre pour l’un des partis de l’opposition. La pente sera dure à remonter. Mais tout vaudra mieux que laisser le train du pays foncer vers le précipice.



