Les mesures sanitaires appliquées en Israël depuis le début de l’épidémie Corona sont telles une saga mouvementée, pleine de doutes, de cafouillages, de manque d’assurance du gouvernement, en partie dû aux désaccords internes, mais également au sein des conseils scientifiques eux-mêmes, pas facile de s’y retrouver et pas facile aussi il faut l’avouer, pour un gouvernement, de prendre la responsabilité de décisions qui impliquent la vie et la santé de l’ensemble des citoyens.
Il est d’ailleurs regrettable et irresponsable de la part des différents gouvernements à travers le monde de ne pas avoir prévu un plan efficace puisque l’arrivée d’épidémies était prévisible et pointait son nez depuis assez longtemps.
Les décisions prises laissent souvent transparaitre des contradictions et des calculs politiques. Nos dirigeants sont…des politiciens qui font avant tout, toujours et pour tous les sujets… de la politique…. On aimerait que cela change mais cela devient une sorte de fatalité avec laquelle nous devons composer et dont nous sommes devenus les garde-fous. Notre rôle de citoyen étant justement de veiller à ce que nos intérêts et ceux de notre nation soient protégés. Ce rôle que nous devons investir est encore plus exacerbé en temps de crise et d’autant plus lorsque notre santé et nos vies sont en danger.
Le gouvernement tente de façon si obsessive de stopper les contaminations qu’il fait complètement abstraction de tous les dégâts collatéraux et ses victimes.
Le vaccin présenté et accueillit tel un messie divise le peuple en deux, ceux qui l’accueillent les bras ouverts et ceux qui le dénigrent par méfiance.
Il y a donc d’un côté « les sceptiques » (que je ne nomme pas anti-vaccin car la plupart sont vaccinés mais refusent celui-là) et les « pro-vaccin ».
Les deux camps sont convaincus de détenir la vérité et les deux camps sont obsédés par la volonté de convaincre, démontrer et prouver à l’autre.
Chaque camp persuadé que l’autre dérive, que l’autre est aveugle, que l’autre est perdu, que l’autre trahit la société, que l’autre est nocif.
Spectacle stupéfiant.
Le dialogue est impossible, personne n’écoute personne, d’ailleurs dès que le sujet est abordé les yeux se lèvent aux ciel et l’exaspération se fait sentir. C’est le sujet qui fâche, mais le sujet incontournable du moment.
En cette période troublée, de polémiques, tentons un arrêt sur image et réfléchissons sur ces tensions et ces difficultés de chacun et de tous de donner un peu de place au doute, de s’ouvrir à l’écoute, de comprendre les peurs et les angoisses, d’accepter l’idée que la vérité n’appartient à personne mais qu’une petite part de celle-ci est en chacun de nous.
Cette réflexion m’a mené à relire l’Allégorie de la caverne de Platon.
Cette quête de vérité absolue, cette certitude illusoire de la détenir, cette incapacité de se faire entendre par l’autre et cette impossibilité presque physique de l’écouter.
Voici résumé de L’allégorie de la caverne de Platon :
(428 – 348 avant J-C, texte du Livre VII de La République, présenté sous la forme d’un dialogue entre Socrate et son élève Glaucon.)[1]
« Des hommes vivent dans une caverne depuis leur enfance : ils n’ont rien connu d’autre. Ils sont enchaînés par les jambes et le cou de sorte qu’ils ne peuvent tourner la tête et qu’ils ne voient que la paroi en face d’eux, qui constitue le fond de la caverne.
La lumière vient d’un feu qui brûle en hauteur derrière eux. Entre le feu et eux, il y a un muret derrière lequel s’agitent des objets manipulés par des personnes qui agissent comme des montreurs de marionnettes.
Ainsi, les prisonniers ne peuvent voir que les ombres de ces marionnettes projetées sur la paroi devant eux, ainsi que leurs propres ombres. Ils ne peuvent pas se regarder entre eux, mais ils peuvent se parler. Ils perçoivent aussi l’écho des paroles des montreurs de marionnettes qui se réverbèrent sur la paroi, donnant l’impression que ce sont les ombres qui parlent.
Un jour, un prisonnier est délivré et forcé d’emprunter le sentier qui mène à la sortie de la caverne, vers la lumière. Il se lève, se retourne, est d’abord ébloui puis voit directement les objets fabriqués et les marionnettes. Quand on le questionne sur ce qu’il voit vraiment, il est embarrassé. Il a tendance à nier l’évidence et le fait qu’il s’est si longtemps trompé.
On l’invite ensuite à regarder vers la lumière qui provient de l’entrée de la caverne, mais déstabilisé, il a tendance à vouloir retourner avec les autres prisonniers. On le force à sortir de la caverne, il éprouve alors une certaine souffrance.
Il passe la nuit à l’extérieur de la caverne ; il s’accoutume à la lumière des étoiles et de la lune. Le soleil revient et il parvient à s’accoutumer à sa lumière. Il finit par accepter la réalité telle qu’elle est, par comprendre que le soleil est la seule source de lumière et de vérité.
L’ancien prisonnier repense à ses compagnons et a pitié d’eux. Pour rien au monde il ne voudrait retourner au fond de la caverne.
Mais Platon dit que dans le cas où il y retournerait, il serait certainement confronté aux rires et aux dénégations de ses anciens collègues, et même au fait que certains veuillent le mettre à mort, persuadés de sa folie. »
Notre monde est la caverne, il est peu probable qu’un être humain en soit déjà sorti vivant, les rares humains s’étant rapprochés de la vérité de notre monde sont des érudits spirituels qui ont su ouvrir leur conscience et ont accédé à une vision du monde défaite de chaines et d’emprises.
Cette allégorie de Platon nous démontre que ce que nous percevons comme vérité peut être une illusion. Cette vérité est notre vérité présente en fonction de nos capacités présentent à percevoir notre environnement. D’un jour à l’autre cette vérité dont nous étions convaincus à tel point que nous pensions que ceux qui la contredise sont fous, peut se révéler fausse.
Prenons donc un peu de hauteur, relativisons nos visions respectives, faisons place au doute.
Avec nos perceptions différentes, construisons un monde d’harmonie, un monde de legos de formes et de couleurs multiples et différentes qui s’emboitent les unes avec les autres et non un monde de murs parallèles qui ne se croiseront jamais.
Platon lui-même fait une longue interprétation de l’allégorie de la caverne. Il l’illustre par diverses situations de la vie où nous sommes confrontés à la difficulté de discerner le vrai du faux, la réalité et la fiction, la vérité de l’imposture.
La polémique du vaccin, dans ce climat de tensions intenses où nous nous sentons en danger face à cette épidémie, illustre à merveille nos limites et notre incapacité à laisser place aux doutes, lorsque dominé par l’instinct de survie, nous voulons sincèrement sauver notre prochain et notre nation.
Mais finalement nous ne sommes pas maitres de nos croyances, pour comprendre réellement la réalité qui nous entoure il nous manque des cartes, croire que nous les avons toutes est également une illusion.
Nos gouvernements ne nous aident pas dans cette quête de vérité et si nous nous sentons parfois piégés, demandons-nous si nos dirigeants sont ceux que nous voulions vraiment. Pourtant s’ils sont là c’est grâce à nous. Si les politiciens sont ce qu’ils sont c’est uniquement parce que nous leur avons permis de l’être, si nous voulons qu’ils changent agissons dans ce sens.
« En pointant l’emprise des idées reçues et la difficulté de changer ses habitudes mentales, Platon éclaire la notion d’ignorance.
L’ignorance n’est pas simplement le fait d’ignorer, c’est le fait d’ignorer qu’on ignore. L’ignorance est une force qui pousse à rester au fond de la caverne. Le déni est omniprésent. L’élévation vers la lumière est une souffrance.
La connaissance consiste à s’éloigner des perceptions pour s’attacher aux idées raisonnables : cela nécessite méthode, exercice et habitude. »[2]
Les idées contradictoires sont constructives et la seule façon d’évoluer et de s’élever vers la lumière est justement de les confronter ; mais dans l’acceptation, l’ouverture, le doute, la remise en question, le dialogue, l’écoute, sinon nous resterons avec nos vérités (illusoires) au fond de la caverne pour toujours.
[1] https://www.jepense.org/allegorie-de-la-caverne-resume/
[2] https://www.jepense.org/allegorie-caverne-platon-interpretation/



