Je l’avoue. J’ai été abattu par le résultat de ces élections. Une majorité de 64 sièges, dont 20 a des partis Haredis antisionistes, et 14 aux pires extrémistes juifs que ce pays ait connus. Sans compter 30 sièges pour un parti dont le leader risque 19 ans de prison, manifestement une bagatelle pour pas mal de ses électeurs, ce qui en dit long sur leur respect pour la justice dans ce pays. Vertigineux.
J’ai fait une sorte de Shiva pour mes espoirs déçus... J’ai vu plusieurs de mes amis décider de quitter le pays, et activement chercher des points de chute aux USA, Canada, France, Angleterre… 30% des Israéliens ont 2 passeports, qui pourront servir. Malheureusement pour nous tous, ils font partie des 20% d’Israéliens qui payent 92% des taxes. A méditer.
Le pire était encore à venir.
Ce fut une déferlante de mesures annoncées, la plupart ouvertement anti-démocratiques, à commencer par la clause de dérogation contre la Cour suprême, pour faire sauter le dernier verrou contre toutes les autres : loi permettant à une partie de la population de se soustraire à tout service civil ou militaire, loi permettant à un repris de justice d’être ministre, doublement des allocations aux Yeshivot, division du ministère de la Défense en 3 départements aux intérêts divergents, la responsabilité de programmes scolaires attribuées à un homophobe notoire, lui-même conseillé par un Rabbin accusé d’abus sexuels, et un nouveau ministère de la sécurité intérieure pour un successeur de Meir Kahane, condamné pour racisme. Et tout récemment, exigence de réserver 20% des nouveaux appartements pour les Haredis pendant 10 ans.
Moi qui me suis converti au Judaïsme, je dois avouer que me retrouver dans un pays séduit par le suprémacisme juif, tournant ouvertement le dos a la démocratie, qui, ils l’oublient, se juge à son respect des minorités… n’a jamais fait partie de mes projets.
Et pourtant…
Nous avons perdu la bataille de ces élections, mais :
Cette majorité à la Knesset est aussi le résultat de la disparition des partis Meretz et Balad. Leurs voix se sont perdues mais referont surface à l’avenir.
Un grand nombre d’électeurs ont voté à l’aveugle, et commencent tout juste à réaliser l’ampleur de leur erreur.
Ces résultats m’ont aussi libéré, en me forçant à me définir par rapport à l’hyper-nationalisme ambiant.
Je suis, profondément, et ai toujours été, un internationaliste. J’ai vécu dans de nombreux pays et à chaque fois, été témoin des immenses bénéfices du commerce et de la coopération internationale. Ils ont pu être mal repartis à l’intérieur de ces pays, mais leur ampleur ne peut être niée. J’ai vu, en quelques années, la communauté européenne financer des taxis en Pologne, des tunnels à Madère ou aux iles Faeroe, améliorer partout les standards de santé, de sécurité, de l’équité du commerce. L’émergence d’une classe moyenne en Chine et dans le Sud-Est asiatique. Aujourd’hui encore, j’ai des amis dans plus de 50 pays différents.
J’ai longtemps espéré que l’avenir serait fait d’une immense société transnationale, ouverte et tolérante, éclipsant petit à petit les frontières de nations querelleuses. Après tout, comme Yuval Harari l’a bien décrit, l’humanité progresse constamment vers la gouvernance de groupes de plus en plus inclusifs, du clan à la tribu, aux duchés, verstes, comtés puis royaumes, nations et enfin communautés internationales, parallèlement à la taille de ses défis, aujourd’hui énergie ou réchauffement climatique, collectivités tellement plus enthousiasmantes et riches que les étriquées nations d’autrefois…
J’ai espéré et espère toujours qu’Israel, nation destinée à apporter de la lumière au monde, lui amène celle qui signale la fin de ce nationalisme qui nous ramène aux pires moments du 20eme siècle.
C’est vrai, je n’avais pas anticipé le retour en arrière de ces dernières années, les Trump, Putin, Orban, Bolsonaro, Duterte et Netanyahu, leur exploitation éhontée du ras-le-bol de leurs périphéries, subordonnées à la poursuite de leurs intérêts personnels.
Mais leur exubérance dans la victoire préfigure peut-être leur défaite future. Plus la liste de leurs exigences s’allonge, plus elle détourne d’eux ceux qui ne les avaient pas anticipées.
Ici même, ce qui me stupéfie, c’est l’ampleur du “Chilul Hashem”, cette cascade de revendications matérialistes, subventions, appartements… par les Haredis, qui va éloigner du Judaïsme bien plus surement que l’exposition à la culture occidentale qu’ils exècrent et craignent.
Quant aux extrémistes comme Ben Gvir ou Smotrich, rappelons-nous que plus de 80% de la société israélienne n’a pas voté pour eux, justement. S’ils n’en sont pas conscients – ils n’ont pas l’air de l‘être - il y a une réelle possibilité qu’ils aillent trop loin, révulsent ceux de leurs électeurs qui ont gardé une colonne vertébrale de valeurs.
Ou même, déclenchent des sanctions dont ils se moqueront sans doute, mais pas une bonne partie des électeurs de leur bloc, qui reprocheront alors à leurs chefs de les avoir imprudemment entrainés dans une aventure hypernationaliste menant tout droit à l’isolation internationale.
L’espoir renait.



