Cet article est un résumé d’un interview, paru dans Haaretz, du Professeur Dan Ben David, de l’université de Tel Aviv, et directeur de l’Institut Taub, pour l’étude des politiques sociales.
Son raisonnement s’appuie sur plusieurs faits :
Il s’intéresse tout d’abord au groupe des travailleurs high tech, du personnel des universités et des médecins. Cela fait un peu moins de 300,000 personnes.
Il n’échappera à personne que ce groupe est dans sa très grande majorité, opposé aux réformes judiciaires. Les écriteaux des travailleurs high-techs sont omniprésents dans les manifestations, ainsi que ceux mentionnant les académies universitaires. C’est également, en Israël, le groupe le plus qualifié, le plus mobile, le plus susceptible de trouver un point de chute bien rémunéré dans le reste du monde. Sans ce groupe, Israel n’a plus de high-tech et sans doute plus d’armée efficace.
Un autre groupe, forme des 2 déciles économiques les plus élevés, paye aujourd’hui 92% des taxes sur le revenu du pays (contre 83% en 2000). Autant dire que sans ces deux déciles, Israel n’a plus d’impôt sur le revenu.
Bien sûr, ces deux groupes, celui des élites high-tech et académiques, et celui qui paye le plus de taxes, ne sont pas les mêmes au sens strict du terme. Mais la corrélation entre ces deux groupes est très importante. Et c’est le premier qui permet au second, qui est à peu près le même, d’exister. Il est « le canari dans la mine d’Israel ».
Le premier groupe quitte-t-il déjà Israel ? Oui, et depuis déjà un certain temps : pour chaque universitaire qui rentre en Israel, 4 quittent le pays. Et cette tendance est nettement à la hausse… Et va sans doute s’accélérer fortement si le pays n’est plus vu comme une démocratie, si on en juge, pas exemple, par l’explosion des demandes pour un second passeport.
Une autre illustration de cette tendance ? En 1948, Israel avait 17 membres des facultés académiques pour 100,000 personnes. Ce nombre monte à un maximum de 137 en 1973, puis baisse jusque 80 de nos jours. Déjà 14% des médecins israéliens se sont expatriés.
En parallèle, les petits Israéliens, au concours PISA de mathématiques, (concours organisé dans les pays OCDE), sont désormais 24èmes, juste en-dessous de la Hongrie, l’Italie et la Slovaquie. Mais rappelons-nous que les enfants Haredis n’y participent pas. Leur score serait très certainement encore en-dessous des arabes, qui sont déjà bons derniers du classement. Un seul point positif : les enfants du système non-religieux ont un score honorable, entre la Hollande et le Danemark.
Une petite note toute israélienne : avant ces tests, on demande aux enfants s’ils ont l’impression de maitriser le domaine. Ici, les Israéliens sont premiers, affichant une confiance sans borne, et mal placée, en eux-mêmes. Les moins confiants sont les Asiatiques, qui terminent généralement en tête du classement.
Au même moment, la population qui bénéficie des taxes susmentionnées augmente de manière exponentielle. Les Haredis composent 3.3% de la population au-dessus de 75 ans, mais 23.7% des enfants en-dessous de 4 ans. Une sorte de « grand remplacement » est en cours, et permet aux partis Haredis de jouer les faiseurs de roi en conditionnant leur présence au gouvernement a la continuation du financement de leur mode de vie. En 2050, leur proportion dans la population leur donnera entre 25 et 32 sièges à la Knesset. A ce stade, ils n’auront plus besoin de négocier pour être au gouvernement. Ils formeront les gouvernements.
Mais malgré ces sombres chiffres, le Professeur Ben David, pour la première fois, est plus optimiste.
En effet, il n’est pas trop tard : il existe toujours une large majorité, surtout si on inclut les Arabes, de la population qui souhaite que leurs enfants aient une meilleure éducation, que l’économie croisse plus vite, que ce pays reste un pays normal et qui ne nourrissent pas d’opinions extrêmes.
Pour cela, il faudra encore un de ces miracles dont Ben Gurion disait qu’il fallait y croire pour être réaliste en Israel : des élections dans un horizon pas trop lointain. Et une opposition courageuse, audacieuse, prête a un nouveau contrat social avec les citoyens.




