Hashiva est né du désir de créer une plateforme de débats en français sur des enjeux israéliens. Nous sommes 5, d’origine, de parcours et d’opinions différents, mais nous chérissons plus que tout la démocratie et la possibilité de pouvoir nous exprimer librement sans invectives et attaques personnelles.
Avant de publier un article nous discutons de la pertinence et de la véracité des propos développés et le désaccord d’opinion avec le contenu ne empêche pas la publication.
Au contraire, le débat d’idées est la base de Hashiva et c’est pourquoi j’use d’un droit de réponse ou plus exactement de contestation à l’encontre de l’article de mon estimé et respecté collègue, Yonathan Alexandre,”l’identité est le nouvel opium des peuples”
Alors que nous célébrons la fête de Hanouka,de nombreux messages sont adressés aux communautés juives dans le monde. Et cette année plus que jamais j’ai ressenti un certain malaise car il me semble qu’un malentendu s’est instauré quant à la réelle signification de cette fête.
La proximité calendaire de Noël, les cadeaux et les rassemblements familiaux ont pu faire penser à beaucoup que les 2 fêtes étaient finalement assez semblables et vehiculaient toutes deux un message d’amour.
Pourtant Hanouka est bien plus que cela et revendique dans son histoire le combat pour l’identité. Justement.
Le combat de la lumière contre l’obscurité certes mais plus profondément la lutte pour le respect de la différence. Car les Maccabis se sont battus contre l’hégémonie grecque de l’Antiquité qui cherchait à imposer un mode de vie uniformisé et unique.
Il n’est pas question de supériorité de l’une ou l’autre des cultures mais de combat contre l’assimilation menant à la disparition de l’identité juive.
Et les juifs continuent de célébrer cette victoire qui n’a pourtant été de courte durée. Mais c’est justement pour son symbole que cette fête a été instaurée. Pour rappeler la nécessité de revendiquer sa différence , ce qui constitue en soi la pierre angulaire du message universel du judaïsme qui n’a aucune vocation à l’universalisme et au prosélytisme.
C’est pourquoi l’identité et sa revendication demeure une valeur en soi.
Bien sûr, comme tout message, toute idée, le combat identitaire a connu et connaît de nombreuses dérives. Et souvent plus que jamais, a servi de socle idéologique à des mouvements totalitaires et racistes.
C’est pour cela que je comprends l’argument de Yonathan, et ne le dénigre pas.
Mais penser que la revendication de toute identité porte en elle-même le germe de la dissension est trompeur.
L’Histoire de l’Humanité comme la Nature, déteste le vide. Et l’uniformisation des identités ou plus exactement le rejet de toute revendication identitaire est en soi plus dangereux à terme que la coexistence d’identités affirmées.
Et je pense que le défi d’Israël et sa victoire si le pays surmonte avec succès ce défi, réside justement dans l’affirmation de diverses identités fortes et affirmées, ne se craignant pas les unes envers les autres.
Car le danger de la dérive identitaire vient justement de la crainte réelle ou perçue comme telle par un groupe se sentant menacé. Ou de la volonté hégémonique de l’une envers les autres.
C’est d’ailleurs la crainte de sa propre disparition fantasmée qui alimente la haine de l’autre.
Mais en aucun cas la liberté de vivre son identité ou parfois ses identités multiples, gage d’une société forte et mâture.
Et paradoxalement, du moins en apparence, l’affirmation d’identités fortes et assurées peut se révéler être un rempart contre les extrémismes identitaires qui fleurissent comme des champignons après la pluie ces derniers temps.
Les mouvements d’extrême droite identitaires ne sont pas récents et ont tendance à pulluler face à la crainte de la mondialisation et de la nucléarisation des identités locales. Mais la “surprise “ post soviétique réside dans l’apparition de mouvements se réclamant de la gauche progressiste anti raciste et prônant une identité revancharde sur fond d’intersectionnalité. Un concept identitaire classant les peuples par catégories d’opprimés et d’oppresseurs. Un classement cynique faisant fi de toute humanité et de respect de l’Histoire.
Une image inversée des mouvements d’extrême droite identitaires qu’ils dénoncent tout en reprenant leur logique totalitaire et absolutiste. Pourtant ces groupes bénéficient d’une certaine tolérance à leur égard, résultant d’une mauvaise conscience historique des sociétés occidentales mais également de la déficience d’identité assumée de ces sociétés.
Et c’est bien là que réside à la fois le paradoxe mais également la solution face à ces dérives.
L’affirmation d’identité peut se révéler aussi dangereuse qu’une addiction aux opiacés mais également constituer un rempart contre la dérive identitaire d’où qu’elle vienne.
Finalement comme pour certaines maladies, le remède est dans le virus.
Pour combattre l’intoxication à l’identité, seule l’affirmation d’identités assumées peut endiguer dérives totalitaires et absolutistes.



