Dans quelques heures nous aurons un nouveau gouvernement. Un gouvernement de changement issu de toute la diversité d’Israël.
À l’exception majeure de Benyamin Netanyahou, des partis ultra-orthodoxes et du parti d’extrême-droite, nouvellement intronisé à la Knesset.
Tout le monde retient son souffle car tout le monde connaît notre prestidigitateur de premier ministre, jamais en manque de lapin sorti de son chapeau pour rester au pouvoir.
Pourtant n’en déplaise à ses adorateurs, la démocratie israélienne a été respectée. Le soin de former un gouvernement lui a été confié en premier, mais malgré 4 élections successives, il n’a pu dégager de majorité suffisante et ses anciens alliés n’ont pas voulu lui redonner leur confiance en s’associant à son gouvernement. Il faut dire que tous peuvent témoigner de la valeur des promesses faites par Netanyahou. Alors aucun n’a voulu retenter l’expérience et se retrouver figurant d’un gouvernement piloté par un seul homme.
C’est ainsi que nous nous apprêtons à avoir un gouvernement assez hétéroclite, même si ce n’est pas la première fois que la gauche gouverne avec la droite. En effet le parti travailliste Avoda, avait intégré le dernier gouvernement de Netanyahou ainsi que d’autres dans le passé. Le résultat d’un scrutin à la proportionnelle qui ne permet pas de dégager de majorité forte et force les partis à se faire de nombreuses concessions. Et confère aux petits partis des pouvoirs exorbitants de “faiseurs de rois”.
La nouveauté dans la composition de ce gouvernement réside à plusieurs niveaux.
Pour la première fois, un parti arabe, islamiste qui plus est, va intégrer un gouvernement israélien. Sans tomber dans l’angélisme et la naïveté qui ne sont pas conseillées dans cette région du monde, cette participation est une révolution. Car si les partis arabes traditionnels (la liste jointe Meshoutefet) affichaient des positions anti Israël, ouvertement hostiles aux institutions d’un pays dont ils ne reconnaissent pas la légitimité (tout en siégeant dans son parlement), cette fois il sera plus difficile de clamer l’illégitimité d’un gouvernement dont le chef du parti Ram est ministre.
Difficile de nous accuser d’apartheid, même si je fais confiance à tous les haineux anti Israël pour trouver une ritournelle. Mais ils ne m’intéressent pas, nous on avance, eux peuvent continuer d’aboyer.
L’autre fait inédit, c’est que notre premier ministre est un juif pratiquant, religieux sioniste, ayant représenté les habitants des territoires situés au-delà de la ligne verte de 1967, siégeant au gouvernement avec des ministres députés de Meretz, extrême-gauche, traditionnellement opposés à tout territoire conquis par la guerre. Et qu’aucun parti ultra-orthodoxe n’est associé à ce gouvernement. Les leaders de ces partis ont pourtant tout fait pour empêcher ce gouvernement, ont insulté dénigré calomnié le nouveau gouvernement et surtout son premier ministre en l’accusant de traître entre autres. Un mot qui n’est pas anodin dans un pays dont un chef de gouvernement a été assassiné par un extrémiste qui avait bu les paroles de ceux qui traitaient Itzhak Rabin de traître.
Je ne suis pas ultra-orthodoxe, Haredi, mais je pense que ces communautés auront tout à gagner d’être débarrassées de ces leaders encombrants qui leur font payer un prix élevé a leur présence, que ce soit avec le taux disproportionné de victimes du Corona ou de la tragédie de Meron.
Alors beaucoup ne donnent pas long feu à ce gouvernement car trop hétéroclite et dont les membres sont diamétralement opposés sur de nombreux sujets.
Je ne suis ni devin ni prophète mais je pense au contraire qu’il s’agit d’une opportunité pour le pays de voir enfin des politiciens s’atteler à leur tâche et travailler pour obtenir des résultats.
Car tous savent qu’ils seront jugés plus durement pour avoir siégé avec l’adversaire politique. Alors tous devront démontrer que cela en valait la peine. Qu’ils sont dignes de confiance. Et puis peut-être pourquoi pas se créer de nouveaux électorats. Le système a montré ses limites avec 4 élections arrivant au même résultat, les voix effritées dans plusieurs partis obligés de former des coalitions.
Bennett par exemple, qui selon les sondages a plus ou moins perdu 40 % de son électorat, a l’occasion de se révéler et prouver qu’il peut représenter des israéliens au-delà de son électorat classique. Depuis son discours impressionnant et rassembleur, il a fait montre d’ouverture et de pragmatisme, deux valeurs indispensables en Israël.
Benny Gantz a également démontré que sa formation de soldat façonne sa démarche politique, qu’il ne cherche qu’à servir la population, en s’alliant immédiatement à la coalition et en refusant une proposition de Netanyahou d’être premier ministre en rotation 2 jours avant le vote pour le nouveau gouvernement. Et enfin Lapid qui a su mettre son ego de côté en offrant les premiers deux ans à Naftali Bennett en tant que premier ministre. Une preuve d’ouverture et de pragmatisme alors qu’il avait été nommé, lui, pour former le gouvernement. Des qualités qui lui seront fort utiles pour nous représenter à l’étranger dans le cadre de son mandat de ministre des affaires étrangères.
Alors voilà. Encore quelques heures. Et Israel entrera dans une nouvelle ère. Post Netanyahou.
Que ses sympathisants se rassurent. Israël a vécu avant Netanyahou, il vivra après. Ce pays est riche de sa population dont les représentants ont compris, du moins je l’espère, qu’il était temps de se mettre au travail. Et voter un budget national.
Déjà.
Pour commencer.



