Ce mardi 23 mars, les israéliens sont appelés aux urnes pour la 4eme fois en 2 ans.
L’occasion pour Hashiva de faire un petit tour d’horizon de la campagne.
Israël vote pour ses 120 représentants à la Knesset par le biais d’un système proportionnel de liste. Le pays ne vote pas pour un premier ministre, un exécutif ou un gouvernement mais à l’instar du système britannique, se présentent au vote des listes de candidats. De ces listes seront appelés à siéger à la Knesset ceux dont le positionnement sur la liste correspond au nombre de voix obtenues. Ce chiffre est obtenu en divisant le nombre total d’électeurs ayant voté par le nombre de voix recueillies par liste.
Ce système parlementaire de listes ne permet pas la formation de gouvernement issu d’un seul parti mais de coalition formée d’un minimum de 61 députés.
Depuis déjà plusieurs années, les grands partis historiques, Avoda (travaillistes) et Likoud, ont connu une perte importante de leur influence rendant inévitable la formation de coalition hétérogènes.
Avoda, le parti de Ben Gou
rion, au pouvoir pendant les premières décennies du pays, fondateur des institutions étatiques et du système économique et social israélien, a subi une perte majeure d’influence depuis plusieurs années et n’a pas réussi jusqu’à présent à se remettre de la débâcle qui lui a été infligée après l’assassinat de Rabin. Cette situation n’est pas unique à Israël même si certaines raisons sont spécifiques au contexte local. Il s’avère en effet que les partis de gauche traditionnelle comme de droite ont tendance à être défiés et dépassés par leurs ailes plus radicales.
Mais pour cette élection le parti travailliste s’est doté d’un nouveau chef, plus en phase avec l’ADN du parti, Merav Michaeli. Il lui sera difficile en une seule élection de redonner à son parti l’influence et la position dominante d’antan, mais l’on ne peut que se réjouir, en tant que démocrate, de la campagne active qu’elle a intelligemment menée, et du retour sur la scène politique d’un parti traditionnel. Car l’effondrement des partis traditionnels aura eu pour conséquence immédiate dans les pays occidentaux, la montée des extrêmes et la polarisation des opinions.
D’ailleurs, l’ascension de Avoda dans les sondages s’est faite au détriment de Meretz, parti d’extrême gauche qui avait bénéficié ces dernières années de l’affaiblissement des travaillistes.
Si à gauche l’horizon principal se limite à Avoda et Meretz, à droite le nombre de partis est plus important.
Benyamin Netanyahou, alias Bibi, Premier ministre depuis 2009 est le chef du Likoud, parti créé par Menahem Begin et initialement inspiré des thèses de Zeev Jabotinsky. Il se représente une nouvelle fois à la tête du gouvernement avec ses partenaires des partis religieux, Shass (parti sépharade) et Yahadout HaTorah (ashkénaze). Comme pour les élections précédentes, son programme repose sur son bilan et la promesse de faire redémarrer l’économie à coup entre autres de subventions universelles, des sommes attribuées aux citoyens quelle que soit leur situation financière. Il compte aussi bénéficier de la satisfaction liée à la vaccination en Israël permettant par un heureux hasard de calendrier de réouvrir les restaurants et lieux culturels quelques jours avant les élections...
Mais en dépit de cela, Bibi ne se trouve plus dans la même situation que lors des précédentes élections.
Gideon Saar, ex-candidat aux primaires du Likoud, a créé son propre parti, Le Nouvel Espoir (Hatikvah Hahadasha) avec d’autres transfuges du Likoud déçus de Bibi. Les grandes lignes du parti ne diffèrent des programmes de droite classique avec quelques propositions sociales ainsi qu’une approche plus ferme des relations avec les Palestiniens.
Naftali Bennett, ancien Ministre sous différents gouvernements dirigés par Bibi, est le chef du parti Yamina. Ayant fait fortune dans la High Tech, il accorde une grande importance au programme économique et présente un plan appelé Singapour, lequel prône une baisse des impôts ainsi qu’une baisse des dépenses de l’Etat. Un programme ultralibéral couplé d’une approche religieuse de certains enjeux comme l’identité ou la conservation des territoires de Judée Samarie.
D’anciens électeurs de Bibi ont choisi de reporter leurs voix sur le parti Yamina car ils n’ont plus confiance en Benyamin Netanyahou pour conduire les affaires de l’Etat alors que le pays s’apprête à affronter l’ère post Corona et multiples confinements. Les traitements différents de l’application des politiques Corona en fonction des communautés a également érodé le soutien de beaucoup. Sans parler des israéliens bloqués à l’extérieur du pays depuis plusieurs semaines en raison des restrictions soudaines de circulation à l’étranger.
Bennett a mené une campagne très forte, se présentant comme l’unique expert pour sortir le pays de la crise grâce à son expérience professionnelle dans la High tech. Pour la première fois il a ouvertement demandé le départ de Bibi en se présentant comme candidat officiel au poste de Premier ministre.
Bibi compte cependant aussi sur le soutien du parti Sioniste religieux dirigé par Betsalel Smotrich, (ancien associé politique de Naftali Bennet) et Itamar Ben Gvir (Otzma Yehoudit). Ce parti recommande une place de la religion plus importante, la confirmation du monopole de la mouvance orthodoxe pour les autorités rabbiniques et le rattachement de la Judée Samarie. Itamar Ben Gvir se revendique comme l’héritier idéologique de Meir Kahana, ancien député expulsé de la Knesset pour racisme et assassiné en 1990.
Au centre gauche, le parti Yesh Atid, désormais débarrassé de ses anciens colistiers Benny Gantz, Boogie Yaalon et Gaby Ashkenazi, est dirigée par Yair Lapid. Ancien présentateur célèbre (comme nombre d’autres politiciens), Yair Lapid est le fils de Tomi Lapid, fondateur du parti Shinoui, parti libéral laïc. Pour certains, il représente la seule alternative raisonnable à Bibi car il a su s’opposer à lui en ne joignant pas le gouvernement d’union nationale au début de la crises Corona. D’autres lui reprochent de ne pas avoir soutenu Benny Gantz lorsqu’il aurait eu besoin d’un allié à l’extérieur du gouvernement pour empêcher Bibi de régner sans partage. Cette divergence d’opinion persiste encore un an après et les rancœurs envers l’un et l’autre sont tenaces. Le camp Yesh Atid reproche inlassablement à ceux qui manifestent leur soutien à Kahol Lavan, le parti de Benny Gantz, de gaspiller leur voix et de risquer de diviser et fragiliser l’opposition à Bibi, tout du moins celle venant du centre et de la gauche.
Ce même reproche est adressé à ceux ayant marqué leur intérêt pour un nouveau parti, Hacalcalit, (l’économiste) dirigé par un économiste réputé, Professeur Yaron Zeliha. Ce dernier prône une refonte du système en s’attaquant aux monopoles qui plombent l’économie en ne faisant profiter qu’une minorité de la manne financière. En effet, si Israël a su amorcer un changement d’économie dans les années 90, faisant basculer le pays d’une économie socialiste vers un tournant plus libéral, ce changement a laissé place à un système hybride de capitalisme monopolistique sans réelle concurrence ni économie de marché, lésant le consommateur et affaiblissant la classe moyenne.
Mais comme pour Kahol Lavan, le camp de Yesh Atid et de la gauche reproche aux potentiels électeurs de Hacalcalit de gaspiller leur vote.
Ces échanges musclés se font à coup de sondages dont beaucoup, à l’instar du reste du monde, remettent en question la pertinence et la fiabilité.
Enfin, Avigdor Lieberman, chef du parti créé initialement pour représenter les israéliens originaires de l’Ex URSS,Israel Beitenou (Israël notre maison) a mené une campagne résolument laïque, demandant la fin du pouvoir des orthodoxes. Membre de différents gouvernements de Bibi et ayant siégé de ce fait avec les partis ultra-orthodoxes, Lieberman avait retiré sa confiance déclenchant les 1eres élections de la série. Son programme, plutôt à droite, prône une approche ferme dans les relations avec les palestiniens et comme le revendique le slogan de campagne, la fin du pouvoir des Haredim, les ultra-orthodoxes, dans les affaires de l’Etat.
Finalement, Hareshima Hameshoutefet, la Liste Jointe, conglomérat de plusieurs partis arabes a vu aussi sa légitimité contestée tandis que le 4eme parti, Raam, a choisi de se dissocier de la liste conjointe. Lorsque le parti travailliste était au sommet de son pouvoir, le parti pouvait compter sur un électorat arabe. Puis, cause ou conséquence de la chute du parti, les arabes israéliens ont reporté massivement leur vote sur la Liste Jointe. Mais au fil des années certains ont commencé à questionner la pertinence de ces représentants se servant de leur tribune non pas pour faire avancer les intérêts de la communauté arabe israélienne, mais pour soutenir les Palestiniens dans leur lutte contre Israël. Pourtant les arabes israéliens font face à des défis sociétaux importants et il est de l’intérêt national de rassembler les divers citoyens du pays et de ne pas creuser les distances ni d’entretenir la méfiance réciproque.
Ces nouvelles élections se tiennent à l’issue d’une année très difficile qui a heurté toute la population et qui va laisser de nombreuses séquelles au sein des familles qui ont perdu des membres emportes par ce virus mortel, chez ceux qui ont vu leur situation financière péricliter et bien sûr chez les jeunes qui ont été contraints de vivre avec un écran en permanence, seul lien social pendant de longs mois.
D’aucuns craignent qu’une majorité claire ne puisse être définie pour former une coalition stable pour remettre le pays en marche et nous replonger dans d’autres élections dans quelques mois.
Espérons qu’il n’en soit rien, car si les israéliens ont démontré à maintes reprises lors de cette crise qu’ils étaient capables de faire preuve de grande résilience face à l’adversité, il est impératif désormais que les défis post Corona soient relevés dans un climat moins incertain que celui que nous avons traversé au gré des élections permanentes.



