En avril dernier, Netanyahu et Gantz signaient un accord en vue de former un gouvernement d’union nationale, dans ces périodes troublées par la crise du Covid-19. Plusieurs fois depuis cet arrangement, les journalistes, politologues et divers experts ont été sceptiques quant à sa durée et aussi incroyable que cela puisse le paraître, le gouvernement tient malgré les dissensions croissantes relatées dans les médias.
Alors que nous sommes spectateurs de multiples manifestations, chaque semaine à Balfour défiant le Premier Ministre. Alors que nous restons stupéfaits par la désinvolture d’une partie de la population ultra-orthodoxe. Alors que nous-mêmes devenons de plus en plus perplexes face à la gestion quotidienne des affaires courantes du pays. Alors que notre exaspération croît quant à la gestion de la crise du Covid-19. Il nous parait, cependant, pertinent de nous interroger sur la confiance générale envers le gouvernement, les politiques et leurs partis ainsi que notre capacité à faire société.
Selon un récent sondage de l’Institut israélien de la Démocratie (Israel Democracy Institute), 68% des personnes interrogées[1]affirment avoir peu ou pas confiance en Netanyahu pour mener le pays contre le Covid-19. En Septembre, la population israélienne est divisée sur les restrictions imposées pour endiguer l’épidémie, seulement 32,5% des sondés approuvent l’action du gouvernement, 29% trouvent que ces mesures ne sont pas assez strictes, 30% pensent qu’elles le sont trop et 8,5% ne se sont pas prononcés. Comparativement en Avril 2020, 62% des personnes interrogées étaient en accord avec les mesures prises par le gouvernement, 25% ne les trouvaient pas assez strictes, 10% trop strictes et seulement 3% ne souhaitaient pas se prononcer.
L’évolution de l’opinion est extrêmement intéressante. Premièrement, la croissance positive de sondés ne souhaitant pas se prononcer sur la pertinence des mesures prise par le gouvernement est préoccupant. Il nous montre qu’une partie plus élevée de la population n’est plus en mesure de juger de l’action du gouvernement et de leur compréhension. Alors que nous faisons face à une menace unique en son genre, la parole et l’acte politique se doivent d’être les plus clairs et concis possible. Malheureusement, dans une époque dominée par la sur-réactivité de la parole politique, il devient de moins en moins concevable pour les professionnels de la politique de raréfier leur discours et autres communications.
Par ailleurs, nous remarquons également une réelle division de la société israélienne concernant les mesures prises, contrairement à quelques mois auparavant où la majorité des personnes interrogées supportaient les actions du gouvernement. Il serait extrêmement prétentieux d’arguer une défiance envers le gouvernement en se basant uniquement sur des sondages portant uniquement sur la politique publique menée en temps de crise, cependant cela nous permet de nous interroger concernant l’application par les citoyens sans moyens de coercitions de mesures restrictive de nos libertés de mouvement.
Tout contrat social établi entre gouvernants et gouvernés se base avant tout sur une relation de confiance qu’entretiennent les deux parties et la volonté de survie de la population. Après 75 ans d’existence, la population israélienne a démontré sa résilience et sa volonté de survie malgré les guerres, les attentats ainsi que les politiques internationales ciblant plus que nécessaire Israël. Il serait donc judicieux que les gouvernants et politiques de tous bords s’interrogent sur la confiance de la population envers leurs actions, leurs paroles.
Alors que toutes les démocraties du monde vacillent à la vue des nouveaux défis du XXIème siècle, de la globalisation en passant par la souveraineté, il est évident qu’Israël après avoir été rudement mis à l’épreuve par des ennemis extérieurs, voit aujourd’hui un défi plus grand se profiler. La période de crise actuelle semble par ailleurs accentuer les crises préexistantes de la société israélienne, et il serait peu judicieux de toutes les regrouper, comme cela est souvent le cas, autour d’un concept abstrait et facilement manipulable qu’est la « crise de la démocratie » ou « crise de la représentativité ».
Néanmoins, il est plus que primordial de réapprendre à faire société, comme le remarque judicieusement l’intellectuelle Elizabeth Badinter sur les questions de racisme, sexisme et autres discriminations, de se concentrer sur ce qui nous unit plus que de mettre en exergue nos différences. Il est évident que le gouvernement actuel n’est pas le plus idéal, ni même parfois souhaitable, mais il est certain qu’il permet une certaine stabilité face à la crise sanitaire que nous vivons. Même si son discours est peu compréhensible et ses actes parfois douteux, il est cependant impératif à nous en tant que population de commencer à faire Nation. Que ce soient les communautés laïques envers les religieuses, les jeunes et les aînés, les libéraux et conservateurs, les juifs et communautés non-juives, les croyants et les athées.
Nous aurons tout le temps de débattre de ces sujets pour une éternité encore, si seulement nous arrivons à faire société face à un ennemi qui n’a pas de visage, qui ne craint pas notre savoir-faire militaire ou technologique, qui ne se soumet pas aux règles humaines. Là est le véritable défi que vit notre société, et par extension le monde entier. Allons-nous décider de faire Nation et s’unir ou laisserons-nous nos dissensions internes déliter tout ce que les générations précédentes ont essayé de construire ?
Hillel de Almeida est diplomé de Science Politique à l’Université de Paris 1 - Panthéon Sorbonne et de Sciences du Gouvernement en Sécurité Nationale et Contre Terrorisme à IDC Herzliya



