1. Quelle est la situation actuelle ?
Après avoir été premier de classe, ou dans les tous premiers, Israël a perdu son titre et se classe maintenant parmi les cancres, près du radiateur. Que s’est-il passé ? Regardons le nombre de cas totaux, on voit une nette résurgence.
Mais la seconde vague est encore plus claire quand on examine le nombre de cas journaliers (déduit de la courbe ci-dessus) :
La deuxième vague est même bien plus importante que la première. D’après un rapport du centre national d’information sur le Corona, les lieux d’infections sont désormais les suivants :
En passant, nous voyons bien que l’interdiction d’aller à la plage n’avait pas tellement de sens. C’est l’une des clefs de cette crise. Sa gestion doit être complètement indépendante de la politique.
Le nombre plus important de cas peut-il être lie à un plus grand nombre de tests ? Oui sans doute. Voici le nombre de tests effectués par 1,000 personnes en Israel :
Par rapport au pic de la première vague, nous testons environ 2 fois plus. Le nombre de cas journaliers est également 2 fois supérieur. On voit également un relâchement du nombre de tests au mois de mai, lorsque le gouvernement croyait – prématurément hélas – a la fin de l’épidémie. Tout ceci signifie au minimum que la prévalence du virus en Israel n’a jamais fondamentalement changé. En fait, le virus a toujours été avec nous.
Le gouvernement a également fermé les hôtels Corona au beau milieu de cette victoire déclarée (ils en ont gardé 4), avant de les rouvrir récemment (29 actuellement, d’apres le Ministère de la défense).
L’épidémie toujours présente s’est donc répandue dans les milieux familiaux, souvent à partir des écoles, pas nécessairement Haredi cette fois : la fermeture des hôtels ci-dessus ne permettait plus d’isoler les cas, et donc les patients en quarantaine ont dû rester chez eux. Dans une famille nombreuse vivant dans un petit espace, ces quarantaines sont impossibles. Le virus très contagieux a fait le reste.
Une des chances dans notre malheur est le la jeunesse de ces familles - rappelons que 50% de la population en Israel n’a pas 35 ans. Ceci explique la moyenne d’âge plus basse des cas (autour de 30 ans), et donc la moindre létalité de la seconde vague. Quoique. Comme les décès arrivent typiquement un mois après l’infection, nous devrions avoir une vague importante de décès au mois d’aout.
2. Qui est le vrai premier de classe ?
La nouvelle Zélande, sans contestation. Le 2 février, un Philippin est devenu la première personne à décéder du Corona en dehors de Chine. Le lendemain, la nouvelle Zélande fermait ses frontières a tout étranger venant de chine, et instaurait une quarantaine pour tout citoyen revenant au pays. Dès le 25 mars, le pays a été mis en confinement complet pour un peu plus d’un mois. Le premier ministre, Jacinda Ardern, a déclaré que ces mesures étaient les plus dures au monde et qu’elle « ne s’en excuserait pas ». Après ces mesures draconiennes, à partir de juin, la nouvelle Zélande n’a eu aucun nouveau cas pendant 24 jours ! Ensuite 2 cas (touristes anglais venant d’Australie) se sont déclarés, ce qui a provoqué la démission immédiate du ministre de la santé – on croit rêver... Bien sûr, la nouvelle Zélande a bénéficié de son isolement. Et aussi de la remarquable maturité de sa population : plus de 80% des citoyens néo-zélandais ont approuvé la politique du gouvernement. On croit rêver…
3. Quelles erreurs avons-nous faites ?
Et pourtant, nous étions comme la nouvelle Zélande, un petit pays complètement isolé de ses voisins, non par des milliers de milles d’océan, mais par nos frontières fermées. Vraiment aucun risque que des Syriens ne viennent prendre une bière a Metula… Nos seuls points d’entrée sont Ben Gurion, Eilat, et dans une moindre mesure, Haïfa et Ashdod. Il « suffisait de » :
1. Fermer complétement nos points d’entrée, sauf aux citoyens/résidents
En Israël : frontières fermées le 18 mars, mais bien après que de nombreux voyageurs soient revenus de Purim aux USA (10 mars), qui n’ont pas fait de quarantaine.
2. Imposer une quarantaine stricte, sans aucun contact dès l’arrivée dans le pays de citoyens ou résidents
En Israël : la quarantaine a été imposée au voyageurs citoyens ou résidents arrivant en Israël mais pas rigoureusement comme en NZ. Elle a pu être et a été enfreinte a de nombreuses reprises. Ceci explique sans doute pourquoi la souche de virus présente en Israel vient principalement des USA, par exemple.
3. Un confinement rigoureux, pour tous sans exception, et pour un mois au moins.
En Israël : le confinement en Israel n’a démarré que par étapes. La police a dû intervenir pendant les 15 premiers jours pour interrompre Yeshivas et synagogues dans les quartiers Haredi, ou appliquer l’autorité est souvent un défi. Ce qui explique que 70% des infections de la première vague ont eu lieu dans la communauté Haredi et ont garanti que le virus ne s’éteindrait plus. C’est l’échec majeur.
4. Détection rapide et précise des contacts des personnes infectées et mise en quarantaine de ceux-ci
En Israël : malgré l’excellente réputation d’Israël dans le domaine digital, et la contribution de la Shabak, Israël n’a pas réussi à mettre ceci en place : dans 45% des cas d’infections, le contact infectant n’est pas connu. Une partie de la population n’a pas de smartphone, mais cette proportion n’est pas sensiblement différente d’autres pays, donc il s’agit vraiment d’un problème opérationnel.
Quand Israel a rouvert, l’épidémie n’était pas éteinte, loin de là. Elle couvait sans doute dans quelques foyers familiaux. Mais la baisse des tests à l’époque n’a pas permis de la combattre.
4. Et maintenant ?
Il est maintenant trop tard pour plusieurs des mesures ci-dessus. Le gouvernement n’a certainement plus l’autorité pour imposer un nouveau confinement, comme les manifestations à Balfour et ailleurs le montrent bien. Mais certaines mesures sont encore possibles :
Mettre en place un vrai système de tracing. Ce devrait être l’un des premiers objectifs du nouveau Czar du Corona, Ronni Gamzu (il annonce son programme demain). Envoyer immédiatement tout nouveau cas dans un hôtel Corona. Pour alléger les craintes d’intrusion dans la vie privée, restreindre strictement la diffusion de ces informations – inviter des audits à vérifier ce point. Voter une loi qui prescrit leur destruction après la crise.
Déterminer les villes les plus touchées par un testing aléatoire (sondage). Confiner les zones les plus touchées, si nécessaire avec une efficacité militaire, sans distinction de traitement quelles que soient les communautés qui s’y trouvent. Seuls les chiffres des tests par sondages doivent déterminer quelles villes sont confinées ou pas. Organiser de nombreuses diffusions d’informations aux leaders de ces communautés. Confiner avec empathie.
Le respect des autorités sera nécessaire et il n’existe plus pour l’instant. Ce qui est sans doute l’une des raisons principales pour lesquelles Ronni Gamzu a été nommé.
J’oubliais : prier qu’un vaccin ou un traitement efficace intervienne d’ici la fin de l’année.







