La récente invasion de l’Ukraine aura au moins le mérite de rendre blanc ou noir le royaume du gris dans lequel nous nous sommes perdus pendant plus de 20 ans.
Et de mettre fin à l’ère de la post-vérité, ou des intellectuels sérieux pouvaient affirmer que celle-ci n’existe pas, qu’elle serait soumise à une sorte de relativité, comme l’espace et le temps. Il y avait la vérité des uns et celle des autres, et elles pouvaient coexister, quoique pas tout à fait pacifiquement… Rappelons-nous les « faits alternatifs » de Kellyanne Conway, dans l’équipe de Donald Trump ?
Il n’y a pas si longtemps, la confusion était partout. Toutes les nations avaient péché, et donc leurs déclarations étaient à peu près équivalentes. Relégués sur le même plan, les USA, l’Europe, la Russie ou la Chine. Sur le même plan, Clinton ou Trump, Orban et ses adversaires, Salvini ou Monti, tous pourris de toutes façons, alors, pourquoi pas Poutine ?
Toute cette déconstruction de la vérité, du bien et du mal, savamment organisée par tsunamis de fake news, destinés à réveiller les émotions au fer rouge d’images fracassantes, à faire réagir les foules par l’émotion aveugle. Dans le but, avant tout, de déshonorer la démocratie. Et en effet, si la démocratie n’est plus vertueuse, à quoi donc nous sert-elle ? Et si la croissance fait défaut, c’est donc qu’elle est à blâmer et même à remplacer. Déjà en 2017, plus de 45% de Français souhaitaient un régime d’homme fort, ou même une dictature militaire.
Ces campagnes étaient organisées par ceux qui évoquaient hier, mais parlent ouvertement aujourd’hui, d’un nouvel ordre mondial. Il y a un combat titanesque entre deux visions totalement opposées.
Souvenons-nous. D’un côté, le camp de l’ordre mondial établi depuis la fin de la seconde guerre. Un monde basé sur le droit, les institutions et accords internationaux, la libre circulation, le libre commerce, et le respect des minorités. Et une croissance économique insolente face à tous ceux qui ne l’avaient pas rejoint, jusqu’aux années 2000.
De l’autre, ceux qui veulent nous ramener au temps des empires, ceux d’avant la première guerre mondiale, qui en comptait trois : l’empire russe, prussien et ottoman. Au droit du plus fort dans sa région, ou toute valeur est sujette à son intérêt exclusif, et qui commande aux états vassaux de la périphérie. Le tout huilé par une corruption omniprésente. Un monde qui fait penser à cette phrase d’Orwell ; « l’avenir, c’est une botte écrasant un visage, éternellement ». Et coïncidence : le « nouvel ordre mondial », avec ses guerres éternelles entre cultures différentes, est précisément celui décrit dans « 1984 ».
Aujourd’hui, les masques sont tombés. L’incroyable brutalité de l’armée russe, qui nous ramène à des atrocités d’un autre âge, le cynisme de ses dirigeants, et surtout la servilité obséquieuse - ou l’aveuglement - de leurs alliés, cette cinquième colonne présente au cœur de nos institution politiques, rend l’ennemi aussi visible qu’un ours sorti de la forêt.
Dans cette guerre des mondes, une autre bataille aura lieu dimanche. Une autre candidate de l’extrémisme, qui a d’ores et déjà annoncé qu’elle règnerait sans se préoccuper trop de la constitution, par referendums expéditifs, ou peut-être sans même encombrer de ceux-ci. Qui mettra fin à la liberté de religion, ou même pire si son ex-challenger d’extrême-droite est appelé à jouer un rôle dans son gouvernement.
Dimanche, chaque voix comptera.



