En politique israélienne, voici sans doute l’une des plus fréquentes questions de ces dernières années et de ces derniers mois. Pas de débat politique sans son lot d’insultes et de sarcasmes au frais du leader de l’autre, dans une sorte de jeu sans fin, à qui jettera le plus de boue sur le voisin. Les campagnes électorales se réduisent à la recherche du chef idéal, avec comparaison entre les attributs des principaux candidats. Chacun projette ses fantasmes messianiques sur l’homme fort de son choix.
On rêverait de débats réfléchis et courtois sur les valeurs, la moralité dans la vie politique, les programmes, les choix de ressources pour la défense, l’éducation, les combats contre l’inégalité, ou le changement climatique, les réformes du contrôle religieux sur la vie publique.
Mais non.
Tous ces objectifs, sur lesquels certains partis – et même pas tous, car certains ne s’en donnent même pas la peine - ont passé des nuits blanches, peuvent capoter si on trouve dans la vie de leur chef le petit défaut qui tue, exercice qui devient d’autant plus simple que la mémoire d’internet est infinie. De toutes manière, très peu d’électeurs lisent encore les programmes.
On tue les messagers pour ne pas parler du message.
Y aurait-il un lien entre ce facteur et le fait que la plupart des leaders qu’on nous propose sont des vieux Ashkénazes riches, comme le nous le rappelle Léa Lev ?
Et dans ces débats devenus combats, les chefs sont tout autant coupables que leurs troupes. Pas de jour ne se passe sans qu’on n’entende un politicien faire sécession de son parti pour créer son propre groupe. J’anime un groupe WhatsApp sur les élections, et j’ai proposé le jeu suivant : trouver « le parti du jour ». Je pensais à une sorte de boutade. Mais non : pendant une semaine, il y a vraiment eu un nouveau parti annoncé chaque jour.
Israel est malade des egos de ses leaders.
Pensent-ils encore au peuple qu’ils servent, ou ne voient-ils dans ces quatrièmes élections qu’une occasion supplémentaire d’assouvir leurs ambitions de devenir premier ministre ?
Le meilleur chef que les Juifs aient eu, il y a 3500 ans, et qui détient encore aujourd’hui le record de longévité dans le poste – 40 ans – était au-dessus de tous parce qu’il était le plus humble, comme il est dit dans Midbar, 12:3. Et pourtant, le Judaïsme a ceci de particulier que ses héros, justement, ont des défauts. Ils sont des hommes et des femmes qui sont acceptés par leur peuple en dépit de leurs failles, et qui les surmontent.
Dans un livre de science-fiction, Arthur C. Clarke reprend ce thème : le leader choisi était celui qui voulait le moins du poste (Songs of a distant Earth).
Une autre suggestion des années 70, de B.F. Skinner (Walden II), était de recruter les dirigeants politiques comme on recrute un CEO, un programmeur ou un pilote : par un département de ressources humaines, qui recrute en se basant sur les accomplissements, l’expériences et les diplômes. Skinner recommandait de changer le nom de « premier ministre » en simple « gérant de groupes sociaux ». Les foules ne reconnaitraient même plus leurs dirigeants. Et leurs rémunérations n’auraient rien de transcendant non plus.
Mais nous allons aujourd’hui dans la direction inverse, faite de débats acharnés dans les réseaux sociaux. Posons-nous la question. Imaginons que cette nouvelle « démocratie » s’étende à tous les domaines de la société. On voterait pour les chercheurs, les médecins, les pilotes, les chauffeurs d’autobus… Pour les chercheurs et les médecins, cette tendance a d’ailleurs déjà commencé, sur Facebook ou Twitter. Sans se soucier de leurs connaissances, mais juste de leur capacité à crever l’écran, par leurs vidéos, par la force de leurs conseillers en communication. Dans quelle société vivrions-nous alors ?
Un jour sans doute, le public se lassera de cette effrénée course aux cultes de la personnalité. Il cherchera celui qui marche non devant le peuple mais avec lui, non parce qu’il crève l’écran mais parce qu’il touche les cœurs, non par la profondeur de sa voix, mais par celle de son dévouement à son peuple.
Rappelons-nous. Nous avons eu de tels leaders, il n’y a pas si longtemps.



