L’équipe Hashiva a eu le plaisir de rencontrer Hanna Geissmann, directrice des relations extérieures de l’association Negba qui offre un cadre social et pédagogique aux enfants défavorisés en Israël.
Il existe en Israël plusieurs grandes associations qui aident l’enfance défavorisées mais celle-ci a la particularité de fonctionner avec une approche méthodologique et pédagogique différente.
Negba a été fondé par trois olims de France : Claude Meyer, Claude Kadouch et Jean Bisseliches, en 2006.
L’association a une antenne à Jérusalem mais sa maison mère se situe sur la périphérie, dans un quartier difficile de la ville de Beer Sheva (Shehouna Dalet).
Hanna Geissmann nous a présenté la structure de l’association de Beer Sheva qui accueille 160 enfants du CP jusqu’à la terminale. D’utilité publique, Negba reçoit une part de financement par des fonds publics qui représentent un peu moins de la moitié de ses dépenses et besoins pour mener les projets et prendre en charge les enfants de manière à ce qu’ils puissent bénéficier, non pas d’une simple garderie, mais d’un encadrement professionnel pédagogique qui les mène vers un développement personnel et scolaire leur ouvrant les portes d’une intégration socio-professionnelle et un avenir qui les sortira de leur situation de précarité.
En étroite collaboration avec les enseignants et la famille, le projet Negba est encadré par une coordinatrice à plein temps, 17 jeunes filles de Sherut Leumi (qui ont aussi un coût pour l’association) et des bénévoles. Les effectifs fonctionnent avec 3 adultes pour 15 enfants. Les enfants sont rassemblés par groupes d’âges et sont accueillis 5 jours par semaine, les après-midis après l’école. Le personnel de Negba se compose d’environ 100 personnes qui font fonctionner l’association, dont un tiers de salariés spécialisés dans leurs domaines, et le reste de bénévoles, dont son Conseil d’Administration.
L’objectif est d’offrir aux enfants une chance de progresser socialement, de les sortir de leur milieu précaire et leur donner la possibilité d’accéder aux études et à un métier.
Selon Hanna Geissmann, « nous entendons développer chez chacun les valeurs en lesquelles nous croyons : engagement, éthique, souci des autres, responsabilité collective et individuelle ainsi que le respect de l’environnement. » Des programmes sur l’écologie et la sensibilisation au respect de l’environnement sont régulièrement dispensés aux enfants.
Negba n’est donc pas une association qui offre uniquement des aides matérielles ou un bien-être physique, mais qui soutient, répare, écoute, motive, renforce et sensibilise à de nombreuses notions comme l’environnement, l’alimentation saine, la citoyenneté et place le pluralisme comme valeur fondamentale à transmettre aux enfants ainsi contribuant à former les jeunes pour qu’ils deviennent des adultes responsables, acteurs et conscients des enjeux de la société dans laquelle ils vivent.
Hanna Geissmann nous présente leur méthode :
Trois niveaux d’évaluations de l’enfant
· Affectif
· Social
· Scolaire
Travail pédagogique en trois étapes
· Rattrapage scolaire
· Jeux de société
· Travail sur ordinateur avec des programmes de rattrapage scolaire.
Puis :
· Récréation avec jeux en extérieurs
· Atelier pour les enfants (cours, sports, thérapies etc… Épanouissement personnel selon les aspirations de chacun)
· Activité bibliothèque
Approche innovante et différente avec une pédagogie à la française
La pédagogie israélienne classique fonctionne sur un principe qui place en priorité le bien-être de l’enfant. Elle lui donne la liberté de laisser exprimer ses réticences et freiner le processus d’apprentissage s’il est perçu comme pénible et difficile, selon la situation psychologique et sociale.
Cette approche a pour objectif de donner à l’enfant la possibilité d’évoluer à son rythme, en se préoccupant de son bien être psychologique avant toute chose, et le laisser par lui-même venir vers les apprentissages au moment où il se sentira prêt et disposé, ceci sans véritable intervention de l’adulte. Il est certain que pour étudier et apprendre dans de bonnes conditions, les enfants ont besoin de résoudre les barrières psychologiques qui les freinent afin d’étudier avec motivation, volonté et sérénité. En pratique, le temps de la scolarité comme de l’enfance sont limités et si les acquisitions fondamentales et essentielles ne se font pas dans cette période donnée, le futur de l’enfant est extrêmement compromis. Les peurs et le scepticisme de l’enfant à l’égard des apprentissages ne s’améliorera pas au cours de la scolarité, si personne n’agit, voire se détériorera énormément du fait de sa situation d’échec scolaire et aggravera son ressenti négatif, perdra confiance en lui et en ses capacités de réussites.
Aussi, la vision israélienne de l’éducation est assez cloisonnée, les enfants sont couramment testés et classés dans des catégories de capacités et de niveaux, qui permettent de dépister les potentialités des enfants allant du haut potentiel intellectuel jusqu’à la déficience cognitive, ceci afin de donner le contenu scolaire approprié à chacun. Cependant dans les faits, cela ne laisse aucune chance à ceux qui échouent lors des tests et qui, on le sait aujourd’hui, ne révèlent en aucun cas une réalité figée mais une analyse à un instant donné, qui peut tout à fait évoluer et qui n’est pas irréversible. Ainsi les enseignants se référant aux résultats n’investissent plus aucun espoir dans le changement. Cette opportunité de réussite, que l’école ne donne pas aux enfants en situation d’échec, Negba tente de le faire.
Il ne s’agit pas non plus de revenir aux anciennes méthodes rigides françaises d’un autre temps qui faisait quant à elles abstraction de l’état psychologique de l’enfant et priorisait l’enseignement de force ; il s’agit plutôt de faire évoluer les enfants tout en respectant leur rythme et en instaurant des prises en charges thérapeutiques pour résoudre leurs difficultés liées à leur situation familiale, psychologique, sociale ou économique, ainsi qu’en leur offrant un cadre chaleureux, apaisant et stable, mais en ne cédant en aucune façon sur l’effort pour que l’enfant acquière un maximum de compétences essentielles pour avancer et ceci avec intransigeance afin de les faire progresser le plus possible. Le bien-être ne doit pas s’acquérir aux détriments des apprentissages (et vice versa), les deux vont de pair. Ne pas céder et ne pas s’apitoyer sur le sort de chacun, et surtout et avant toute chose, ne pas abandonner à la suite des échecs scolaires successifs, mais aller de l’avant et imposer malgré les frustrations certaines contraintes nécessaires.
Les témoignages des enfants devenus grands sont éloquents par leur reconnaissance et leur réussite.
L’association Negba s’efforce également de compléter son apport pédagogique par une sensibilisation à une vision ouverte et libérale du monde, qui accueille la diversité comme une richesse et avec tolérance. Les enfants viennent de tous les horizons quelle que soit leur culture d’origine, leur configuration familiale ou leurs particularités propres.
Nous souhaitons longue vie à l’association Negba, qui mérite de grandir et s’étendre pour offrir aux enfants le meilleur. Nous espérons qu’elle pourra devenir une source d’inspiration pédagogique pour les autres associations et offrir ainsi aux enfants de milieux défavorisés une chance de construire leur avenir et remonter l’échelle sociale.
La méthode de l’association Negba pourrait être aussi source d’inspiration pour le système scolaire israélien : cette approche pédagogique permettrait notamment d’éviter les laisser pour compte de l’école. De nombreux enfants, qui a un moment donné de leur scolarité n’ont pas pu, pour diverses raisons indépendantes de leur volonté, conserver le rythme des apprentissages et se sont démotivés, ainsi avec le temps se retrouvant en marge de leur classe et en situation de décalage dans les apprentissages. Avec le système actuel dans les écoles israéliennes, ces enfants sont perdus et terminent leur scolarité sans avoir acquis le minimum qui pourra faire d’eux des adultes éclairés, indépendants avec une situation socio-professionnelle stable et active. Si leurs familles n’ont pas les moyens intellectuels et/ou matériels de les repêcher pendant leur parcours scolaire, ils resteront frustrés et en échec dans leur vie d’adulte. Dans cette situation, à l’école, chaque jour compte, car très vite cela devient irréversible et insurmontable pour l’enfant, les années passent vite. Si personne n’est présent pour les pousser à apprendre, imposer avec intransigeance les acquisitions fondamentales et redonner le goût de progresser et de croire en eux même, le temps devient alors le pire ennemi pour l’avenir de l’enfant. Les évaluations qui sont faites dans une intention d’utilité pour guider les enseignants desservent finalement l’intérêt de l’enfant qui se retrouve coincé dans une case dont il ne pourra pas sortir durant toute sa scolarité. Les écoles israéliennes qui placent la bonne humeur et l’ambiance chaleureuse sur un piédestal gagneraient à revisiter leur méthodologie pour actualiser leur approche psychopédagogique en donnant les mêmes chances à tous c’est-à-dire en offrant un cadre exigeant et stable qui ne sous-estime aucun enfant, et qui croit en la potentialité de réussite de chaque enfant et donne les moyens de les développer.
Merci à toute l’équipe de Negba pour leur travail qui illustre ce que la contribution des olims, en l’occurrence ici de France, peut apporter à la société israélienne.
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