Drapeaux face la Knesset, photo Karine Dana
Les Israéliens ont choisi l’union. Après 3 scrutins consécutifs, le pays reste divisé, les votes n’évoluent pas, les résultats se chevauchent et aucun des deux grands partis d’Israël, Likoud et Kahol Lavan n’obtient suffisamment de mandats pour former un gouvernement.
Face à ce bras de fer qui dure depuis plus d’un an, nourri par une campagne électorale agressive qui a renforcé les divisions et l’animosité de part et d’autre, les deux camps ne sont évidemment pas dans une dynamique de collaboration. Pourtant, c’est dans ce climat tendu, et dans une crise sanitaire sans précédent, que Benyamin Netanyahou et Benny Gantz ont élaboré un nouveau gouvernement d’union.
Les litiges et intérêts politiques de chacun font l’objet de longues et interminables négociations/marchandages, le suspens du risque de 4e élections a duré jusqu’à la dernière minute.
Mais finalement nous y sommes ! Un gouvernement nous est né.
Au coût de ces 3 campagnes électorales, qui fut lourd à porter pour l’économie du pays (le coût d’un seul scrutin étant estimé à 475 millions de shekels), cumulé aux conséquences de l’immobilisme social qu’a entraîné ces 3 élections consécutives, s’ajoute encore la catastrophe économique de la crise sanitaire du Corona. La crise économique et sociale est sans précédent.
Malgré ce contexte extrêmement difficile et dangereux pour l’équilibre du pays, le nouveau gouvernement d’union est composé de 34 ministres et même 36 prévus, et est donc, juste au sortir de la crise sanitaire, le plus grand gouvernement et le plus coûteux de toute l’histoire d’Israël.
C’est une gifle et un affront envers les citoyens Israéliens qui n’ont pas bénéficié d’aides d’urgences et immédiates face aux licenciements, chômages et faillites, précipitant la classe moyenne dans la pauvreté et les défavorisés dans la misère.
Benyamin Netanyahou reste premier ministre et selon l’accord de coalition devra céder sa place à Benny Gantz dans 18 mois.
Benyamin Netanyahou et Benny Gantz seront tour à tour Premier ministre suppléant pendant que l’autre est en poste de Premier ministre.
Les postes de ministres ont été répartis de façon égale entre le bloc de droite (Likoud, partis orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah) qui obtient exactement le même nombre de ministères que le bloc composé du centre et de la gauche (Kahol Lavan, Avoda, Gesher).
Les ministères ont été attribués dans un souci d’équilibre, et dans la mesure du possible, en fonction des compétences et des aspirations de chacun. Un bémol cependant, les ministères de la santé et de l’éducation, qui étaient les plus exposés aux critiques durant la campagne électorale par Kahol Lavan, qui à juste titre réclamait des réformes urgentes, sont restés entre les mains du Likoud. Avec Yuli Edelstein - ministre de la Santé et Yoav Gallant - ministre de l’Education.
Rappelons que les rapports des contrôleurs d’état de la santé et de l’éducation publiés en 2019 sont accablants.
Le rapport de santé publique souligne des négligences graves, un manque de planification globale, des engagements et des promesses non tenues, les conditions des soins médiocres, voire dangereux, un manque de matériel et de facilités, et aucune évolution du nombre de lits proportionnelle à l’accroissement démographique.
Le rapport sur le système éducatif décrit une baisse constante du niveau scolaire des élèves, des enseignants négligés, des méthodes éducatives non renouvelées et un manque de professeurs dans de nombreuses disciplines. Des inégalités dans la répartition des postes d’enseignants ont été aussi constatées, favorisant le secteur religieux.
Espérons que ces nouveaux ministres étudient les dysfonctionnements et prendront les mesures nécessaires pour répondre aux besoins de santé publique. Un système de santé défaillant contribue à l’accroissement des inégalités sociales.
L’éducation est un facteur déterminant dont la qualité détermine l’avenir des nouvelles générations, leurs capacités à porter la nation et être acteur de son destin.
Composition du gouvernement
Benyamin Netanyahou - Premier ministre
Ministres Likoud
· Yisrael Katz- ministre des Finances
· Amir Ohana - ministre de la Sécurité publique
· Miri Regev - ministre des Transports (puis ministre des Affaires étrangères dans 18 mois)
· Yuval Steinitz - ministre de l’Energie, Eli Cohen- ministre du Renseignement
· Tzipi Hotovely - ministre des Affaires des implantations
· David Amsalem -ministre des affaires numériques et nationales numériques
· Gila Gamliel- ministre de la protection de l’environnement
· Zeev Elkin- ministre de l’enseignement supérieur et secondaire et des ressources en eau
· Gilad Erdan- ministre de la coopération régionale
· Tzachi Hanegbi-ministre sans portefeuille.
Partis religieux orthodoxes
· Aryeh Deri (Shas) - ministre de l’Intérieur
· Yaakov Litzman (Judaïsme unifié de la Torah) - ministre du Logement et de la Construction
· Rafael Paretz (Yamina) - ministre des Affaires de Jérusalem et du Patrimoine
· Yaakov Avitan (Shas)- ministre des affaires religieuses.
Président de la Knesset
· Yariv Levin (Likoud)
Ministres Kahol Lavan
· Benny Gantz- ministre de la défense et premier ministre suppléant
· Michael Biton-ministre chargé des questions civiles auprès du Ministère de la Défense (ministre sans portefeuille)
· Gabi Ashkenazi- ministre des Affaires étrangères
· Avi Nissenkorn- ministre de la Justice
· Yehiel Tropper - ministre de la Culture et des Sports
· Assaf Zamir - ministre du Tourisme
· Pnina Tamanu - ministre de l’Immigration et de l’Absorption
· Alon Shuster - ministre de l’Agriculture
· Merav Cohen- ministre de l’Egalité sociale et des minorités
· Omer Yankelevitch- ministre des affaires de la diaspora
· Izhar Shay- ministre des sciences et de la technologie
· Orit Farkash-Hacohen- ministre des affaires stratégiques
· Asaf Zamir- ministre du tourisme.
· Yoaz Hendel (Derech Eretz) - ministre des communications.
Partis de gauche
· Amir Peretz (Parti travailliste) - ministre de l’Economie
· Itzik Shmuli (Parti travailliste) - ministre des Affaires sociales, du Travail et des Services sociaux
· Orly Levy-Abekasis (Gesher) ministre du renforcement et de l’avancement des collectivités.
Président des commissions de la Knesset :
· Commission des Affaires étrangères et de la Défense : Zvi Hauser (Derech Eretz)
· Commission des Affaires intérieures, de l’Environnement et adjointe au président de la Knesset : Miki Haimovich (Kahol Lavan)
· Commission des Finances : Moshe Gafni (Yahadout HaTorah)
· Commission de la Knesset : Eitan Ginzburg (Kahol Lavan)
· Commission Corona: Yifat Shasha-Biton (Likud)
Ministères sans portefeuilles…Astuce israélienne pour faire des économies et qui existe depuis les débuts de l’état d’Israël. Il s’agit de transformer de petites sous-unités en ministère. Mais lorsqu’il y a déjà 30 autres ministres cela n’est plus une économie mais un budget de trop !
Dans 18 mois, lors la rotation, Benny Gantz qui deviendra Premier ministre cèdera sa place de ministre de La Défense à Gabi Ashkénazi, qui lui-même cèdera sa place de ministre des affaires étrangères à Miri Règuev.
Ces échanges de ministères entre ministres dans 18 mois sont problématiques, et entraînent une paralysie au niveau de son fonctionnement. Les budgets resteront statiques et le ministre aura à peine le temps de prendre connaissance des dossiers en cours, ce qui représente plusieurs mois de travail, pour ensuite quitter le poste et recommencer le processus ailleurs. Autant dire 18 mois de perdu pour traiter les dossiers.
Le ministère « des renseignements » qui devrait être une unité du ministère de l’intérieur est un exemple de ministère superflu créé pour contenter les exigences des différents partis.
Espérons que ce nouveau gouvernement, malgré ses excès et ses coûts indécents, en particulier en cette période de crise, parviendra à répondre aux attentes des citoyens et entreprendra les réformes économiques et sociales qui s’imposent aujourd’hui.




