La cérémonie d’intronisation du nouveau gouvernement, celui du changement et de l’union de par sa composition hétéroclite a été le plus mouvementé de l’histoire d’Israël.
Tensions très fortes du côté du Likoud et des partis Orthodoxes avec une passation de pouvoir pénible et mal acceptée par les membres du camp opposé à Naftali Bennett.
Le comportement des députés de l’opposition lors du discours d’introduction du nouveau Premier ministre Naftali Bennett a été explosif. Des cris, des insultes, du bruit, une impossibilité pour N. Bennett de finir ses phrases, plusieurs députés ont été exclus de l’hémicycle de la Knesset dont Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir.
Comme l’a dit Yaïr Lapid leur comportement « nous a rappelé pourquoi il était temps de changer ce gouvernement ».
Cet épisode est révélateur du climat que fut celui de ces dernières semaines en Israël avec un Likoud et des partis religieux qui se comportent en mauvais perdants.
Le discours de Benyamin Netanayou est décevant, il semble ne plus vouloir se prêter au jeu démocratique avec dignité et le fait avec rancœur. Il est amer, il raille Naftali Bennett qu’il qualifie d’illégitime pour le poste de Premier ministre, il creuse la nostalgie de ses électeurs avant son départ en rappelant ses services au pays qu’il qualifie lui-même d’irremplaçables. Au moment de quitter son poste, il continue à jouer la carte de la division. Cette attitude n’est pas celle attendue pour un homme politique de cette stature. Il ne lâche pas et ne souhaite pas bonne chance à son rival. Après avoir été élu 5 fois et avoir été Premier Ministre pendant plus de 12 ans Benyamin Netanayou a psychologiquement du mal à céder sa place et à accepter la défaite. Tel un boxeur qui perd un match il annonce « nous reviendrons ».
La dramatisation d’une partie de la droite et de l’ensemble des partis orthodoxes qui imposent une atmosphère de violence et de haine avec des propos apocalyptiques de fin de l’État Juif reflètent la volonté d’appropriation du pouvoir qu’ils refusent de partager et dont ils avaient occupé la place et investi un certain contrôle au niveau des ministères. Cela faisant, ils ont tenté d’imposer une sorte de « monopole » de l’identité juive et du sionisme auquel quiconque s’opposerait serait qualifié de traître et danger pour l’État.
L’État d’Israël vient d’échapper de justesse à l’anéantissement de sa démocratie car s’opposer à la diversité et au partage des pouvoirs, c’est d’une manière s’opposer à la démocratie.
La démocratie c’est aussi et surtout les changements et les évolutions. Les indices de bonne santé de la démocratie sont les débats contradictoires dans le respect, les luttes pour de constantes améliorations du système et du renouveau dans la configuration de la société. La démocratie c’est en premier lieu travailler pour tous les citoyens, travailler pour une société meilleure, plus juste et plus équitable.
La démocratie, c’est le manège des pouvoirs qui se succèdent, s’échangent et se renouvellent, les uns sont heureux quand les autres sont déçus : c’est le système et le jeu électoral, un jeu démocratique auquel tous les élus doivent se soumettre sans exception.
Les mécontentements sont donc sains et permettent l’impulsion pour progresser, cependant la haine et l’incapacité de reconnaître à l’autre la légitimité de partager et d’échanger les pouvoirs, c’est l’altération du système, c’est la gangrène de la démocratie.
Naftali Bennett, Le 13ème Premier ministre de l’État d’Israël entrera dans les annales de l’histoire du pays pour deux raisons :
-1er Premier Ministre de l’Etat d’Israël appartenant à la mouvance du sionisme religieux qui porte une kippa.
-1er Premier ministre de l’histoire d’Israël à accéder au poste de Premier ministre avec seulement 6 mandats.
Yair Lapid, chef du parti Yesh Atid, 2ème plus grand parti d’Israël et ayant obtenu le mandat du président lui a cédé la place en premier pour une rotation de 2 ans.
Autre fait historique de ce gouvernement, l’ascension inattendue du parti Meretz que l’on pensait voir disparaître de la carte politique et qui entre dans un gouvernement après 22 ans dans l’opposition.
Un gouvernement de défis avec un panel de partis qui forme une coalition de toutes les tendances politiques confondues. Un vrai challenge, une occasion de réunir et d’unir, d’apaiser le climat tendu de ces dernières années au sein du peuple Israélien. Une occasion de réparer la société Israélienne fatiguée, qui a complètement perdu confiance en ses représentants politiques.
Une coalition composée de 27 ministres dont 9 femmes, ce qui est la plus importante représentation féminine d’un gouvernement depuis la création de l’État d’Israël, décidément ce gouvernement contraste sur tous les points avec ses précédents.
Liste des ministères du 36ème gouvernement Israélien :
Premier ministre - Naftali Bennett (Yamina)
Ministre des affaires étrangères et vice premier ministre – Yaïr Lapid (Yesh Atid)
Ministre de la justice et Vice premier ministre – Guideon Saar (Tikva Hadasha)
Ministre des finances – Avigdor Liberman (Israel Betenou)
Ministre au ministère des Finances - Hamed Amar (Israel Betenou)
Ministre de la défense – Beni Gantz (Kahol Lavan)
Ministre de l’intérieur – Ayelet Shaked (Yamina)
Ministre de l’éducation – Yfat Shasha Bitan (Yikva Hadasha)
Ministre des affaires religieuses – Matan Kahana (Yamina)
Ministre de la diaspora – Nahman Shaï
Ministre du transport – Merav Michaeli (Avoda)
Ministre de la défense intérieure – Amar Bar Lev (Avoda)
Ministre de la communication – Yoaz Handel
Ministre de la culture et sport – Hili Tropper (Kahol Lavan)
Ministre de l’immigration et de l’intégration - Pnina Temano Sheta (Yesh Atid)
Ministre des sciences et de la technologie - Orit Farkash HaCohen (Kahom Lavan)
Ministre de l’environnement – Tamar Zandberg (Meretz)
Ministre de la santé - Nitzan Horowitz (Meretz)
Ministre de la Coopération régionale - Issawi Frij (Meretz)
Ministre de l’Économie et de l’industrie - Orna Barbivaï (Yesh Atid)
Ministre des Affaires sociales - Meir Cohen (Yesh Atid)
Ministre de l’Énergie - Karin Elharar (Yesh Atid)
Ministre de l’Égalité sociale - Meirav Cohen (Yesh Atid)
Ministre du Tourisme - Yoel Rezbozov (Yesh Atid)
Ministre du Renseignement - Elazar Stern (Yesh Atid)
Ministre de la liaison entre la Knesset et le gouvernement, Ministre du logement - Zeev Elkin (Tikva Hadasha)
Ministre de l’Agriculture et du développement rural - Oded Forer (Israel Betenou)
Je souhaite bonne chance à l’Etat d’Israël, pays des surprises, pays des contradictions, pays de l’innovation et pays de l’inspiration, pays où l’amour et la haine se chevauchent, espérons la réussite dans l’union.
Voici des extraits du discours très rassembleur et apaisant du Premier ministre Naftali Bennett qui précéda le vote de la Knesset où il énonce les priorités de son gouvernement :
« Merci au Premier ministre sortant, Benjamin Netanyahu, pour vos nombreuses années de service, riche en réalisations, pour le bien de l’État d’Israël. En tant que Premier ministre, vous avez agi pendant de nombreuses années pour enhardir la force politique, sécuritaire et économique d’Israël.
Les défis extérieurs auxquels nous sommes confrontés sont grands : le projet nucléaire iranien, la guerre en cours contre le terrorisme ; L’image d’Israël dans le monde et le traitement injuste qu’il reçoit dans les institutions internationales – ce sont toutes des tâches importantes et complexes.
En ce moment, nous sommes également confrontés à un défi interne. La fracture au sein de la nation, comme nous le voyons maintenant, une élection après l’autre, dans un climat malsain de haine.
De telles querelles, entre personnes qui sont censés diriger le pays, ont conduit à la paralysie. Il est impossible de fonctionner dans de telles conditions.
L’État d’Israël n’est pas « juste un autre pays ». C’est le rêve de générations de juifs – de Marrakech à Budapest, de Bagdad à San Francisco – un rêve que nous méritions de voir se réaliser chaque jour sous nos yeux. Chaque génération a ses propres défis, et chaque génération a les leaders qui peuvent les surmonter.
Cette fois, au moment décisif, nous avons pris nos responsabilités. Continuer de cette manière avec des élections à répétitions, de haine qui s’amplifie, les messages au vitriol sur Facebook – n’est tout simplement plus possible. Par conséquent, nous avons stoppé le train, un instant avant qu’il ne fonce dans l’abîme. Et je tiens à remercier mon ami, ministre des Affaires étrangères, le député Yair Lapid, qui a fait preuve de responsabilité nationale, de générosité politique, et sans qui nous ne serions pas ici aujourd’hui.
Le temps est venu pour les différents dirigeants, de toutes les parties du peuple, d’arrêter cette folie.
Je dis aux citoyens d’Israël : c’est un moment sensible, de changement politique. J’appelle tous à faire preuve de maturité et de retenue.
Le nouveau gouvernement sera un gouvernement qui s’efforcera de trouver des solutions réelles et pratiques aux problèmes rencontrés par le pays et ses citoyens. Le plan de travail que nous présentons aujourd’hui est le plus détaillé depuis des années. Nous sommes venus travailler. Supprimer les barrières, débloquer les embouteillages et faire de notre pays ce qu’il peut être.
Nous prendrons la responsabilité de l’éducation des enfants israéliens dès leur naissance. Les années les plus formatrices. Dans un premier temps, nous transférerons la responsabilité des services de garde d’enfants au ministère de l’Éducation.
Nous allons permettre à beaucoup de jeunes ultra-orthodoxes de sortir travailler en abaissant de 24 à 21 ans l’âge du service national. Non pas par la force, mais par des encouragements positifs, permettant aux jeunes qui veulent apprendre un métier de le faire, et ceux qui veulent étudier la Torah continueront de le faire.
Le ministre des Finances Avigdor Liberman dirigera un plan par lequel nous aideront ceux qui ont perdu leur emploi en raison de COVID-19.
Nous réduirons les réglementations superflues et la bureaucratie frustrante, et nous travaillerons pour des services gouvernementaux conviviaux, sans paperasse, sans files d’attente.
Nous faciliterons la vie des travailleurs indépendants et des propriétaires de petites entreprises, notamment par le biais des allocations de chômage.
Nous augmenterons l’aide au revenu pour les personnes âgées à 70 % du salaire minimum.
Nous ouvrirons la concurrence pour la certification casher et établirons des normes pour le système. Cela allégera le fardeau des restaurateurs, mettra fin au monopole dans ce domaine, fera baisser le coût des aliments et renforcera la confiance du public dans le niveau de la cacheroute.
Nous allons – enfin – promouvoir un plan national pour le nord d’Israël, y compris la création d’un hôpital et d’une université en Galilée.
Nous travaillerons à la modernisation du système de transport public d’Israël, dirigé par le ministre des Transports désigné Merav Michaeli.
Nous renforcerons la construction de communautés à travers la Terre d’Israël.
Nous assurerons les intérêts nationaux d’Israël dans la zone C – et nous augmenterons les normes à cette fin après beaucoup de négligences dans ce domaine.
Nous ouvrirons une nouvelle page dans les relations entre l’État d’Israël et les citoyens Arabes du pays.
Et oui mes amis, nous allons ouvrir une nouvelle page dans les relations entre l’Etat d’Israël et les citoyens arabes du pays. La communauté arabe sera représentée dans la coalition par Mansour Abbas et son parti. C’est un processus que je dois attribuer au Premier ministre Netanyahu qui a tenu une série de réunions révolutionnaires avec Mansour Abbas, qui a tendu la main. Nous comprenons le sort et les besoins de la société arabe. La lutte contre le crime et la violence, la crise du logement, les lacunes en matière d’éducation et d’infrastructures seront abordées.
Nous commencerons le processus de réglementation des colonies bédouines dans le Néguev, afin que les citoyens bédouins d’Israël puissent vivre dans la dignité.
Le ministre de la Santé désigné, Nitzan Horowitz, rénovera le système de santé avec une nouvelle ère de soins communautaires et à domicile, et ensemble, nous préparerons un plan d’urgence en cas de pandémie future. Nous ne pouvons pas toujours savoir s’il y aura un vaccin, toutes les maladies n’ont pas de vaccin et nous devons être prêts avec un plan organisé et non comme nous l’avons vu l’année dernière.
Nous renforcerons le lien entre l’État d’Israël et les Juifs de la diaspora. Nous prendrons soin de nos frères et sœurs du monde entier, nous lutterons contre la vague d’antisémitisme.
Nous protégerons l’État d’Israël, l’État-nation du peuple juif, en tant qu’État juif et démocratique.
Le nouveau gouvernement respectera l’étude de la Torah, la Torah qui nous a gardés en sécurité pendant tant d’années en exil, et en même temps travaillera à lever les barrières qui empêchent l’intégration de la communauté ultra-orthodoxe sur le marché du travail, et la société israélienne.
Israël ne permettra pas à l’Iran d’être équipé d’armes nucléaires.
Le mois dernier, nous avons reçu un rappel que le conflit avec les Palestiniens est toujours là. Nous devons nous rappeler, et rappeler au monde, que nos ennemis nient notre existence même en Terre d’Israël, et qu’il ne s’agit pas d’une dispute territoriale.
Nous avons besoin d’une force militaire, d’une résilience civile et d’une croyance en la justesse de notre chemin à des moments où le conflit fait rage.
J’espère que le cessez-le-feu dans le sud sera maintenu. Mais si le Hamas choisit à nouveau la voie de la violence contre les civils israéliens, il se heurtera à un mur de fer.
La violence et le terrorisme ne sont pas un phénomène naturel ou un destin avec lequel nous sommes censés simplement nous réconcilier. Les Palestiniens doivent assumer la responsabilité de leurs actes et comprendre que la violence fera l’objet d’une réponse ferme.
Le gouvernement s’efforcera d’établir et d’étendre les accords de paix avec les États arabes, d’accroître la coopération économique, entrepreneuriale et culturelle régionale et d’approfondir les liens directs entre les peuples de la région, tels que les liens entre les citoyens d’Israël et les citoyens des Émirats Arabes Unis.
Mes chers collègues de la Knesset, à la lumière du débat mouvementé auquel nous assistons ici, nous devons maintenir des débats respectueux. Je comprends ceux pour qui aujourd’hui c’est difficile, mais les amis, ce n’est pas un jour de deuil. Il y a un changement de gouvernement dans une démocratie.
Maintenant, quelques heures avant d’accepter cette responsabilité, je prie Dieu de m’accorder la sagesse et la clarté pour diriger l’État d’Israël.
Avec l’aide de Dieu, nous le ferons et nous réussirons. Amen. »
PM N. Bennett



